Les « cost-killers » font du lobbying

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Les « cost-killers » sont-ils foutus ? Depuis le milieu des années 1990, ces cabinets spécialisés dans le « conseil en optimisation des coûts », selon la terminologie officielle, se développent sur fond d’externalisation de la traque aux économies dans la gestion des entreprises : en se gargarisant de ne jamais toucher à l’emploi, ils mettent en avant leurs compétences particulières pour diminuer les charges sociales en jouant sur les assiettes de cotisations, pour profiter d’un maximum d’exonérations fiscales, ou encore pour vampiriser les dispositifs comme le « crédit impôt recherche », etc. Souvent, ils se contentent d’exploiter astucieusement les failles réglementaires. Le métier est très méconnu, mais les enjeux financiers sont de taille.
Au coeur de la croissance des chiffres d’affaires des « cost-killers » (+ 20 % par an) et de leur rentabilité (entre 8 % et 10 % en moyenne), on trouve les cotisations d’accident du travail et de maladie professionnelle (AT-MP) : au fil des ans, à partir d’éléments procéduraux, ces boîtes ont réussi à multiplier les contentieux victorieux et elles se paient sur les « économies » réalisées au détriment de la branche risques professionnels de l’Assurance maladie. D’après les estimations, les activités liées aux cotisations AT-MP pour le compte de grandes entreprises, surtout, généraient jusqu’ici 70 millions d’euros de chiffre d’affaires pour la vingtaine de cabinets rassemblés par l’organisation patronale Syncost (Syndicat des conseils opérationnels en optimisation des coûts). Selon un rapport publié en juillet 2008 par Olivier Fouquet, président de section au Conseil d’État, sur les 200 millions d’euros annuels qui n’entrent pas dans les caisses de la branche risques professionnels de l’Assurance maladie en vertu de ces mêmes procédures contentieuses, « 30 % à 50 % de cette somme » viennent purement et simplement rémunérer les « conseils » des entreprises requérantes, soit entre 60 et 100 millions d’euros par an, pompés, en toute légalité, par les « cost-killers »…
En coulisses, les gros cabinets se livrent à un lobbying intense. Dans un document interne rédigé au printemps, le Syncost fait mine de s’inquiéter vivement : « Cette situation risque de générer une iniquité entre les entreprises dotées de moyens significatifs (services juridiques internes, réseaux d’avocats, cabinets de conseil…) au détriment des plus petites, qui ne pourront qu’être spectatrices de l’augmentation de leurs taux. » Membre éminent de l’organisation patronale, Alma Consulting Group, le « cost-killer » leader du marché en France, part en guerre contre la réforme de la tarification AT-MP, en discussion actuellement, et fait jouer ses réseaux : à la mi-octobre, il promet de rassembler à Paris, contre cette funeste perspective pour ses bénéfices, un plateau réunissant, notamment, Nicolas Baverez, l’économiste très proche de Nicolas Sarkozy, et le constitutionnaliste Guy Carcassonne. Selon cette entreprise qui a réalisé pendant des années la moitié de son chiffre d’affaires sur les procédures liées aux cotisations d’accident du travail, la réforme va provoquer une « augmentation à moyen terme des prestations et donc des cotisations, par la déresponsabilisation des caisses qui verront le contentieux diminuer fortement ». Les « cost-killers » n’ont pas encore tout perdu, il leur reste au moins une chose : un culot monstre !

Voir en ligne : http://www.syncost.org/

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