Panique au guichet

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Il fut un temps où la bureaucratie avait ses lettres de noblesse, et ses justifications philosophiques. Hegel (1733-1799), dans « Les Principes de la philosophie du droit » (1821), en a souligné les principes : rationalité, règles impersonnelles, compétence. Plus tard, Max Weber (1864-1920) a montré comment les sociétés modernes exigeaient le règne des personnels qualifiés, définis par leurs fonctions et leurs compétences, obéissant à des réglementations définies. Ce modèle valait pour les corps de fonctionnaires autant que pour l’organisation des entreprises. Le mot-clef était « rationalité » : séparation des tâches, objectivité des procédures, carrières et hiérarchies fondées sur des critères explicites.
 
La réalité des administrations contemporaines a liquidé ces belles épures. Elle a révélé que les bureaux sécrètent indéfiniment leurs propres codes, selon un principe de prolifération aveugle et autoparalysant. Kafka, le premier, a décrit cette logique devenue folle. Dans «  Le Château », publié à titre posthume en 1926, se déploie l’agencement impersonnel d’un système inhumain et gris : on y est sans cesse convoqué, sans savoir pour quoi, et envoyé au bureau d’à côté. Oui, il existe un guichet qui pourra vous renseigner. Non, ce n’est pas ici. A perpétuité. Un document manque au dossier, toujours. Il faut donc revenir le jour suivant, dans le bureau d’à côté, et attendre, la vie durant…

 

Voir en ligne : LA CHRONIQUE DE ROGER-POL DROIT

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