Le prix de la santé en vedette américaine

vendredi 26 mars 2010
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Crise oblige, les Français sont de plus en plus sensibles à la question de la rémunération des praticiens et aux méthodes douteuses de certains pour actionner le tiroir-caisse. Une mesure urgente – et de bon sens – s’impose : supprimer l’exercice privé à l’hôpital public.

Lundi 8 décembre 2008 à 08:00 - Par Mathias Matallah

 

Le prix de la santé était jusqu’ici un tabou : elle n’en avait pas et on ne pouvait donc pas en parler. Depuis quelques semaines, les choses bougent, et vite. Le magazine Capital a tiré le premier, avec un dossier fracassant sur les abus en tous genres auxquels les malades sont confrontés : dépassements léonins et dessous de tables en tous genres à l’hôpital public, prothèses dentaires et auditives prohibitives, etc. Des émissions de télé ont pris le relais et d’autres dossiers sont en préparation dans différentes rédactions.
Rien de ce que Capital met en avant n’est réellement nouveau. Le secteur privé à l’hôpital public existe depuis cinquante ans. Les bakchichs exigés par certains chirurgiens sont une forme de rattrapage pour ceux qui n’ont pas la chance de pouvoir racketter leurs patients légalement. Les prothèses en tous genres ont toujours coûté très cher.
Pourquoi en parle-t-on maintenant ? La crise économique y est sans doute pour quelque chose. En période de baisse générale du pouvoir d’achat, certaines pratiques sont plus dures à avaler. Il est, par ailleurs, vraisemblable que la pénurie de médecins qualifiés entraîne une inflation plus forte que par le passé dans certains domaines et que le seuil de tolérance commence à y être dépassé.
D’autres facteurs, plus profonds, expliquent cette poussée de fièvre contre le corps médical. La multiplication des scandales médicaux a désacralisé les sorciers en blouse blanche et les médecins ont progressivement perdu le statut d’exception qui les plaçait au-dessus de toute critique. La dégradation de la qualité des soins conventionnés, c’est-à-dire de ceux qui sont pratiqués à un prix accessible au plus grand nombre, a crûment mis en lumière la rupture du principe d’égalité auquel les Français restent, contre vents et marées, très attachés. L’exemple des soins dentaires est très éclairant : les soins pré-prothétiques, pour lesquels les dépassements sont a priori interdits, sont en général d’une qualité qui fait frémir les experts de la profession eux-mêmes.
Les tarifs des professionnels de santé sont donc appelés à devenir un enjeu de société et des remises en cause lourdes sont prévisibles. J’ai expliqué dans une précédente tribune que je ne croyais pas à la possibilité de plafonner les honoraires des spécialistes du secteur 2, la démographie médicale ne s’y prêtant clairement pas. Je suis, en revanche, convaincu que les jours de l’exercice privé à l’hôpital public, qui est réellement scandaleux d’un point de vue éthique, sont comptés. Dans cette période d’exaspération et de remises en cause, c’est la seule mesure de bon sens qui soit de nature à réconcilier les Français avec leur système de santé.
 
 

 

Qui veut la peau des médecins de secteur 2 ?

 
Vendredi 3 octobre 2008 r Mathias Matallah

Dans un avenir proche, les médecins de secteur 2 devront fournir un devis pour une consultation supérieure à 70 euros. Ce n’est que le début de la chasse aux sorcières.

L’heure est à la rigueur et à la chasse aux signes extérieurs de richesse. Après plusieurs rapports incendiaires de l’Inspection générale des affaires sociales et d’autres bras armés de la puissance publique, les médecins du secteur 2, dont les honoraires sont libres, sont désormais en ligne de mire. L’assurance maladie affiche depuis peu leurs tarifs sur son site ameli.fr. Ils devront aussi, dans un avenir proche, fournir un devis pour toute consultation excédant 70 euros. Et ce n’est vraisemblablement qu’un début, l’objectif ultime étant la fermeture du secteur 2 et son remplacement par un secteur dit optionnel, aux tarifs fortement encadrés.

Qu’est-ce qui justifie cette croisade du gouvernement contre l’élite du corps médical ? Selon la version officielle, les dépassements d’honoraires menacent l’accès aux soins de beaucoup de Français et il faut donc les limiter au maximum. Plus officieusement, de nombreux hauts fonctionnaires en charge du dossier se disent exaspérés par le fait que lesdits dépassements d’honoraires soient massivement subventionnés par les avantages fiscaux dont jouissent les bénéficiaires de contrats collectifs d’assurance santé, notamment les cadres du secteur privé. Pour les non initiés, précisons que la prise en charge par l’assurance complémentaire des dépassements est effectivement particulièrement généreuse lorsque les contrats sont partiellement financés par les entreprises et que leurs cotisations sont déductibles fiscalement et exonérées de charges sociales. Ce qui est le cas des couvertures collectives d’entreprises et de celles des travailleurs non salariés bénéficiant du statut dit Madelin.

Faut-il pour autant faire la guerre aux médecins spécialistes du secteur 2 ? Rien n’est moins sûr. Les plus excessifs des dépassements sont excessivement raisonnables, si on les compare à ce qui se pratique dans d’autres pays. En fait, c’est la démographie médicale qui est préoccupante. Le véritable frein à l’accès aux soins est aujourd’hui la difficulté à obtenir dans des délais raisonnables un rendez-vous chez un spécialiste. Tuer les vocations en empêchant les meilleurs de gagner leur vie correctement ne peut qu’aggraver les choses, n’en déplaise aux apprentis sorciers.

 

Les mutuelles, bouée de sauvetage de la Sécu ?

Jeudi 21 août 2008 Par Mathias Matallah

Les réformes passent et le trou de la Sécu se creuse chaque année un peu plus. Voilà pourquoi les organismes complémentaires de santé vont être appelés à contribuer au financement solidaire de l’assurance maladie. Autrement dit, ce sera aux assurés de mettre la main à la poche encore une fois…

Quatre ans pour rien. La réforme miracle du bon docteur Douste-Blazy devait tout régler sans rien coûter. Or, la Sécu n’est pas le moins du monde sortie du trou dans lequel elle est plongée depuis un bon quart de siècle. L’échec est complet. Le médecin traitant ? Il prescrit toujours autant que lorsqu’il n’était que simple « médecin de famille ». Le dossier médical personnel ? Il devait améliorer la qualité des soins tout en diminuant les frais, mais il va coûter des milliards sans rien changer. L’encadrement du traitement des affections de longue durée ? Il n’a jamais vraiment vu le jour, alors que ce poste de dépenses à l’inflation galopante reste la principale cause de déficit de la Sécu.

 De cette réforme, il ne reste, au fond, que le souci des gouvernants de ne plus solliciter directement les citoyens-électeurs pour renflouer le navire en perdition. Pas question de leur demander de payer plus de cotisations ou de CSG, alors que les déficits s’accumulent sans discontinuer. Cela risquerait de les énerver. Comme il faut tout de même boucler les fins de mois dans un contexte européen de crispation sur les déficits français, l’heure est aux expédients et à la cosmétique.

 La dernière idée de génie des pouvoirs publics consiste donc à taxer les mutuelles et autres assureurs complémentaires à hauteur d’un milliard d’euros en 2009. La mesure devrait permettre de maintenir le déficit dans des proportions acceptables. La ministre de la Santé a expliqué à la télévision que les opérateurs concernés étaient suffisamment riches pour pouvoir se permettre de payer cette dîme sans la répercuter sur leurs assurés. De qui se moque-t-elle ? Les mutuelles ont un besoin crucial de fonds propres pour faire face aux impacts du vieillissement de leurs adhérents et n’ont pas, contrairement aux cigarettiers et laboratoires pharmaceutiques, de trésor de guerre caché. Ce sont donc leurs adhérents qui paieront, via une hausse de cotisation. C’est-à-dire vous et moi, chers cyberlecteurs. Vingt euros par an et par personne, ce qui n’est pas rien.

 
 

 


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