LE VIEILLISSEMENT ET LA SOLIDARITE INTERGENERATIONNELLE : LES MENACES ET LES OPPORTUNITES

jeudi 6 mai 2010
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Les défis relatifs à la solidarité intergénérationnelle et au vieillissement démographique sont nombreux. Ils concernent en premier lieu l’équilibre financier à long terme des systèmes de sécurité sociale dont découlent des éléments essentiels : la question de l’accès aux soins de santé, de la prise en charge de la dépendance, du niveau des retraites, de la transition entre la vie professionnelle et la retraites, du soutien aux familles notamment en matière d’accueil des jeunes enfants, de la conciliation entre la vie familiale et professionnelle, de l’emploi et du chômage notamment pour les jeunes, etc.

Il s’agit donc bien de renforcer un équilibre global visant à moderniser les systèmes de protection sociale et à répondre aux nouveaux besoins tout en assurant la solidarité entre les générations dont la protection sociale reste une clef de voûte.




Les caisses de sécurité sociale travaillent de manière active depuis longtemps sur cette question des changements démographiques et de l’impact du vieillissement afin de développer progressivement des solutions adéquates et d’adapter les systèmes à ce défi.

Lors d’un colloque sur les défis démographiques, qui s’est tenu en novembre 2008 sous la Présidence française, elles ont publié une synthèse avec huit recommandations :

 

1. Les Etats membres de l’Union européenne doivent moderniser et réformer leurs systèmes de protection sociale pour maintenir l’équilibre financier des régimes ;

 

2. La croissance démographique en Europe est principalement le fait de la variable migratoire, l’immigration restera ainsi un vecteur important de croissance démographique dans les années à venir ; néanmoins le taux de fécondité doit également être utilisé comme levier de croissance démographique en s’appuyant sur une politique active de réconciliation entre vie familiale et vie professionnelle ;

 

3. Les systèmes de protection sociale nationaux doivent s’engager dans des politiques actives et efficientes de gestion du risque santé, développer la prévention et la promotion de la santé à tous les âges ;

 

4. Les systèmes de retraite par répartition sont actuellement les plus sûrs, les moins coûteux et les plus redistributifs, ils doivent donc être préservés malgré le nécessaire processus de réforme que plusieurs régimes connaissent actuellement en Europe ;

 

5. Les Etats doivent promouvoir des politiques de vieillissement actif en adaptant l’environnement de travail aux spécificités des seniors et en proposant un accompagnement sanitaire et social qui prévienne les fragilités et permette aux individus de bien vivre leur âge ;

 

6. L’emploi des seniors est un levier indispensable pour agir sur le ratio actifs/inactifs et doit être encouragé par des mesures incitatives nouvelles ;

 

7. Les Etats doivent, en lien avec les organismes de protection sociale et les entreprises, mettre en place et promouvoir des mesures permettant de mieux concilier vie familiale et vie professionnelle (notamment en développant davantage encore les structures de garde pour les jeunes enfants) ;

 

8. Les acteurs européens de la protection sociale doivent poursuivre leur échange d’informations et de bonnes pratiques, afin d’avancer ensemble dans la mise en oeuvre de la Stratégie de Lisbonne. Il est important de garder à l’esprit les contraintes de la solidarité intergénérationnelle en matière de protection sociale : il s’agira de ne pas grever trop lourdement le revenu disponible des jeunes générations pour prendre en charge la dépendance des plus anciens notamment, ce qui pourrait générer à terme des inégalités de revenu disponible et un conflit entre générations.

 

 

3. MESURES POLITIQUES NECESSAIRES POUR CONTRER CES MENACES OU SAISIR CES

OPPORTUNITES ET AMELIORER LA SOLIDARITE INTERGENERATIONNELLE

 

Jusqu’à présent, les solidarités entre générations se sont surtout développées et maintenues au sein de la famille et par l’intermédiaire de la protection sociale ou de l’école, se concrétisant par des transferts financiers collectifs ou privés, l’échange de biens et de services, la transmission d’une mémoire faite de savoirs et d’expériences.

Cependant, hors de ces circuits désormais traditionnels, se multiplient les initiatives d’acteurs associatifs, de collectivités locales ou de régionales. En même temps, un chômage structurel important qui fragilise la protection sociale et déstabilise la famille,

semble nécessiter un élargissement des solidarités intergénérationnelles sur le terrain de l’emploi – et donc de l’entreprise.

Les pistes ne manquent pas, par exemple : développer dans l’entreprise des systèmes de coaching/tutorat réalisés par des préretraités et retraités, afin de favoriser la transmission des savoir-faire, encourager le partage de locaux entre crèches et maisons de retraite, favoriser le soutien scolaire apporté par les retraités ou toute forme de volontariat. En France, on constate une large participation bénévole des seniors et des retraités dans le secteur associatif et le secteur de l’économie sociale. Cette participation est un gage de cohésion sociale, grâce à la participation de toutes les générations à la vie collective, mais on se heurte au problème de l’information et de la méconnaissance des opportunités offertes par l’économie sociale. Par ailleurs, l’insuffisance des ressources financières du secteur associatif est un autre écueil majeur. L’embauche des seniors dans ces secteurs implique un soutien accru – tant institutionnel que financier – de la part des collectivités publiques. Il faudrait également consentir en direction des seniors un effort de formation aux nouvelles technologies de l’information et à la gestion des associations (notamment par le FSE).

Les institutions de sécurité sociale en tant qu’employeurs sont elle-mêmes concernées par ces pistes d’action dans le cadre de la responsabilité sociale des entreprises.

 

 

4. LE ROLE DE L’UE DANS LA PROMOTION DE REPONSES POLITIQUES ADEQUATES

 

L’Union européenne a sans aucun doute un rôle à jouer dans le domaine de la solidarité intergénérationnelle, ne serait-ce que du fait des enjeux communs à l’ensemble des Etats membres en la matière et donc de l’intérêt d’échanger sur cette thématique. Un élément clef des mesures et politiques développées dans ce domaine réside notamment dans une approche transversale et un plus grand rapprochement encore entre les diverses initiatives développées par les Directions générales de la Commission européenne (par exemple DG Emploi, affaires sociales et égalité des chances, DG Affaires économiques et monétaire, DG Santé publique, DG Société de l’information et des médias, DG Entreprise et industrie, DG Recherche).

Parallèlement, le développement de la méthode ouverte de coordination et sa plus grande ouverture à la société civile pourrait permettre de mieux faire connaître encore les bonnes pratiques développées au niveau local.

 

5. THEMES ET ACTIONS POUR UNE ANNEE EUROPEENNE

 

Les thèmes présentant un intérêt particulier :

- La transition entre la vie active et la retraite : au-delà de la question de l’âge de la retraite et du montant des retraites, cette thématique permet d’envisager les parcours de vie en prenant en compte les changements actuels (début de carrière plus tardif, interruption de carrière, augmentation de l’espérance de vie, etc.), d’aborder la question de la transition entre les générations au travail (transmission des connaissances, des savoirs faire mais aussi des entreprises notamment pour les travailleurs indépendants, les commerçants et les artisans) mais aussi de souligner l’importance de l’implication des générations vieillissantes dans le secteur associatif et bénévole.

- Les soins aux personnes dépendantes et le rôle de la famille : cette question est essentielle puisqu’elle concerne non seulement la prise en charge des personnes très âgées (aujourd’hui souvent effectuée par la génération du baby boom) mais aussi la prise en charge des personnes handicapées (quel que soit leur âge) et celle des enfants lorsque les structures d’accueil peuvent faire défaut (par exemple dans les zones rurales). La solidarité intergénérationnelle est au coeur de cette question et l’apport des personnes âgées est ici essentiel, quoique peu mis en avant et souvent non pris en compte économiquement parlant. Cette thématique permettrait également d’aborder la question de la formation et des qualifications dans le domaine des services à la personne, et d’aborder plus largement la question des services sociaux d’intérêt général dont la qualité doit être le critère premier d’évaluation.

- La prévention et la santé : à travers cette question, on pourrait aborder la question de la santé et de la sécurité au travail qui est un facteur très important au regard notamment d’une augmentation de l’âge de départ à la retraite (notamment ergonomie des postes de travail en fonction de l’âge). Au-delà de la vie active, la prévention en matière de santé est un élément à considérer tout au long de la vie pour envisager un vieillissement en bonne santé, y compris chez les personnes les plus âgées (prévention des accidents domestiques mais également des interactions médicamenteuses par exemple). Les maladies chroniques peuvent également être abordées dans la mesure où elle concerne une grande partie de la population, ont incidence sur la question du vieillissement en bonne santé et peuvent l’objet de mesures de prévention tout au long de la vie.

Concernant le type d’action à développer, elles peuvent être de diverses natures :

- campagne d’information pour valoriser les personnes âgées (ex : implication des personnes âgées à la retraite dans la vie économique), pour valoriser les apports transgénérationnels dans tous les domaines de la vie.

- publications et soutien à des travaux de recherche sur les diverses thématiques évoquées ci-dessus (les caisses nationales de sécurité sociale ont des services de recherche qui réalisent des travaux de grande qualité dont certains ont par exemple porté sur la solidarité intergénérationnelle, le vieillissement démographique),

- soutien à des projets visant des activités "concrètes" dans le domaine de la solidarité intergénérationnelle,

- conférence permettrant les échanges de bonnes pratiques à tous les niveaux (du niveau local au niveau européen).

 

6. LA CONTRIBUTION DE VOTRE ORGANISATION A UNE ANNEE EUROPEENNE

 

Divers types d’activités pourraient être envisagés :

- Au sein des caisses françaises de sécurité sociales et du niveau local au niveau nationale : activités dans le réseau interne des caisses de sécurité sociale, campagne d’information et de sensibilisation auprès des colloborateurs des caisses de sécurité sociale mais également auprès des assurés sociaux avec des spécificités particulières pour certains (territoire et population rurale, travailleurs indépendants, anciens bassins miniers et gestion du grand âge), activités permettant de favoriser les échanges de bonnes pratiques et une meilleure connaissance des projets développés au niveau local, diffusion de publications de réflexion développées par certaines caisses de sécurité sociale dans le cadre de leurs travaux de recherche.

- Au niveau européen : favoriser la réflexion et l’échange de bonnes pratiques entre les caisses de sécurité sociale par l’intermédiaire du réseau ESIP (European Social Insurance Platform).

 

7. DE QUEL SOUTIEN VOTRE ORGANISATION AURAIT-ELLE BESOIN POUR JOUER UN

ROLE MAJEUR DANS UNE ANNEE EUROPEENNE ?

 





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