La dérégulation des liens intrafamiliaux s’étend

mardi 25 mai 2010
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Que sous-tend le concept de “famille à contretemps” que vous développez dans votre ouvrage ?

Il s’agit des situations où les deux conjoints ont un emploi,
mais dont les horaires ne concordent pas : l’un commençant
à travailler très tôt le matin et l’autre en milieu ou fin d’aprèsmidi,
ils ne se rencontrent que rarement.

Ces plages horaires, plus contraintes que choisies, sont de
nature à modifier la qualité des relations intrafamiliales
(entre époux et avec les enfants).
Pour bien apprécier les conséquences de cette
désynchronisation sur la famille, il faut rappeler
que, dans notre société, le lien familial consiste à
passer du temps ensemble : la famille aujour -
d’hui est à la recherche de ce bonheur au quotidien
et la solidarité familiale repose sur le temps
passé en communauté.

Toute entrave à ce “temps ensemble” entraîne
des conséquences néfastes sur les liens familiaux.

Ces situations sont-elles répandues et risquent-elles de s’étendre ?

Les couples ayant la possibilité de choisir leurs
horaires ne représentent qu’un cas sur dix.
Les horaires atypiques étaient et restent assez
fréquents dans le secteur industriel (travail en
équipe de 2/8 ou de 3/8) ; ils s’accroissent maintenant
dans le secteur des services (les entreprises
de nettoyage, l’hôtellerie, les supermarchés, la petite enfance,
les emplois familiaux, etc.).

Certes ce secteur est, selon les chiffres de l’Insee, le principal
gisement d’emplois, mais il requiert de plus en plus une souplesse
dans les horaires de travail.

On le constate notamment avec les temps partiels imposés
qui se traduisent par des horaires fragmentés et décalés : en
fonction des pics d’affluence dans les supermarchés (l’heure
du déjeuner et la fin de soirée), en fonction de la vacuité des
bureaux pour les entreprises de nettoyage (très tôt le matin,
tard en soirée).

Alors que, selon la même enquête de l’Insee, la première
demande des familles est de pouvoir bénéficier de plus de
souplesse dans les horaires de travail.

Y a-t-il une prise de conscience de cette problématique par les pouvoirs publics et les acteurs sociaux ?

Ce problème social est malheureusement vécu et géré individuellement.
Il n’y a pas vraiment une prise de conscience au niveau politique ;
on le voit bien avec la récente dérégulation sur le travail
du dimanche dans les grandes surfaces.

Les salariés de ce secteur ont déjà des horaires
atypiques en semaine et, par exemple, les caissières
auront encore plus de difficultés pour “vivre”
avec leur conjoint ou leurs enfants.

En Grande-Bretagne, une loi votée en 2003
permet à des salariés de demander des horaires
de travail plus compatibles avec leur vie de famille.
Cette loi est certes encore incomplète (l’entreprise
pouvant avancer des arguments économiques
pour écarter cette demande), mais les
pouvoirs publics anglais ont, au moins, pris en
compte la problématique.
Quant aux organisations syndicales, même si
leur principale préoccupation reste l’emploi du
point de vue quantitatif, cet aspect qualitatif de
l’emploi commence à être perçu.

Quelles seraient les améliorations possibles ?

Dans les années 70, il y avait une forte homogénéité
des horaires de travail : les emplois
étaient essentiellement industriels et peu de mères travaillaient.
La configuration actuelle est complètement
différente.

La question est : où placer le curseur des politiques publiques
entre l’emploi et l’équilibre familial ? J’ai le net sentiment que
ce curseur est vers l’emploi et que l’équilibre familial reste
donc toujours un problème uniquement individuel.

Mais le coût social et sociétal de ce choix des dérégulations
risque d’être lourd, à terme.

Il faudrait donc d’abord redonner du pouvoir aux salariés.

Cet article est repris du site http://www.espace-social.com/spip.p...


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