La notion d’équité 2 références classiques : Aristote et Rawls par Guillaume Dupont

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Aristote :
"L’équitable, tout en étant juste, n’est pas le juste selon la loi, mais un correctif de la justice légale. La raison en est que la loi est toujours quelque chose de général, et qu’il y a des cas d’espèce pour lesquels il est impossible de poser un énoncé général qui s’y applique avec rectitude"

Rawls :
"Les deux principes de la justice définissent ce qu’est une contrepartie équitable dans le cas des institutions de la structure de base. Ainsi, si le système est juste, chacun recevra une contrepartie équitable à condition que chacun (y compris lui-même) coopère."

Un premier sens de la notion d’équité se rencontre chez Aristote : le terme intervient alors dans le cadre d’une réflexion sur la loi et ses conditions d’application.
Le philosophe grec souligne à la fois le caractère limité des lois humaines et la possibilité pour les hommes d’y remédier en corrigeant la loi. Intervention qui se trouve placée chez Aristote sous l’égide d’un ordre naturel qui comprend à la fois du général et du particulier, du nécessaire et du contingent, du régulier et de l’irrégulier.

La notion d’équité telle qu’elle est employée aujourd’hui dans le discours public et notamment dans les argumentaires politiques renvoie à un autre cadre théorique : celui qu’a contribué à définir le philosophe John Rawls.
Cette notion désigne alors le souci d’organiser la coopération sociale selon des principes qui tiennent compte des éventuelles disparités entre les membres d’une même société : c’est le sens des principes de la justice tels que les définit Rawls.

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ARISTOTE (384-322 avant JC), Ethique à Nicomaque, Vrin, Bibliothèque des textes philosophiques, Paris, 1990 : voir en particulier le livre V, consacré à la nature de la justice et de l’injustice.

Extrait du texte d’Aristote :

 

 "L’équitable, tout en étant juste, n’est pas le juste selon la loi, mais un correctif de la justice légale. La raison en est que la loi est toujours quelque chose de général, et qu’il y a des cas d’espèce pour lesquels il est impossible de poser un énoncé général qui s’y applique avec rectitude.
Dans les matières, donc, où on doit nécessairement se borner à des généralités et où il est impossible de le faire correctement, la loi ne prend en considération que les cas les plus fréquents, sans ignorer d’ailleurs les erreurs que cela peut entraîner. La loi n’en est pas moins sans reproche, car la faute n’est pas à la loi, ni au législateur, mais tient à la nature des choses, puisque par leur essence même la matière des choses de l’ordre pratique revêt ce caractère d’irrégularité.
Quand, par suite, la loi pose une règle générale et que là-dessus survient un cas en-dehors de la règle générale, on est alors en droit, là où le législateur a omis de prévoir le cas et a péché par excès de simplification, de corriger l’omission et de se faire l’interprète de ce qu’eût dit le législateur lui-même s’il avait été présent à ce moment, et de ce qu’il aurait porté dans sa loi s’il avait connu le cas en question."

(Ethique à Nicomaque, livre V, chapitre 14, 1137 b 10)

John RAWLS (né en 1921), Théorie de la justice, Paris, Seuil, 1987 : voir en particulier les § 18 et 52, consacrés au principe d’équité.

"Equité" traduit ici l’Anglais "Fairness". Le mot apparaît dans l’intitulé même de la théorie rawlsienne de la justice, qui se présente comme "A theory of justice as fairness", une théorie de la justice comme équité.

Extrait du texte de Rawls consacré au principe d’équité :

 

 "L’idée principale est la suivante : quand un certain nombre de personnes s’engagent dans une entreprise de coopération mutuellement avantageuse selon des règles et donc imposent à leur liberté des limites nécessaires pour produire des avantages pour tous, ceux qui se sont soumis à ces restrictions ont le droit d’espérer un engagement semblable de la part de ceux qui ont tiré avantage de leur propre obéissance. Nous n’avons pas à tirer profit de la coopération des autres sans contrepartie équitable. Les deux principes de la justice définissent ce qu’est une contrepartie équitable dans le cas des institutions de la structure de base. Ainsi, si le système est juste, chacun recevra une contrepartie équitable à condition que chacun (y compris lui-même) coopère."

(Théorie de la justice, § 18, p. 142)

 

Voir en ligne : philosophiepolitique.net

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