L’adolescence, grande oubliée de la politique de l’enfance en France Séminaire ENA (promotion "République" (2005-2007))

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L’Enfance, groupe 10

Résumé

Si elle constitue un âge chargé d’enjeux, voire de risques, au point qu’on l’associe souvent à la notion de « crise », l’adolescence reste paradoxalement la grande oubliée des politiques publiques de l’enfance en France.

Souvent perçue comme une simple transition entre l’enfance et le stade adulte, l’adolescence constitue en réalité un âge à part entière, décisif dans le processus de construction individuelle, sur le plan tant psychologique que social. Les spécificités de cet âge se voient encore renforcées par la tendance à l’allongement du temps de l’adolescence, qui commence de plus en plus tôt (préadolescence) et se termine de plus en plus tard (adulescence). Pourtant, la situation des 6,93 millions d’adolescents âgés de 12 à 21 ans est fragile, en particulier pour les 15% d’entre eux qui, selon les pédopsychiatres, rencontrent des difficultés avérées.

Le bilan sanitaire et social de ce malaise adolescent est particulièrement lourd en France : dépression, suicide, troubles du comportement alimentaire, pratiques à risque, violence auto ou hétéro-agressive ont connus ces dernières années une évolution préoccupante. À cet égard, la France apparaît particulièrement mal placée dans les comparaisons internationales, attestant de ce que l’adolescence n’a pas fait l’objet à ce jour d’une politique publique à la hauteur de ses enjeux.

L’état des lieux des dispositifs publics à destination des adolescents révèle que cette classe d’âge n’a fait l’objet que d’une prise en compte récente et encore inégale de la part des pouvoirs publics. Ignorée par la loi qui ne distingue qu’entre le mineur et le majeur, posant souvent des problèmes de nature transversale, l’adolescence a en quelque sorte représenté un impensé des grandes institutions telles que l’école, l’hôpital, la justice et le secteur social. En dépit des progrès récemment accomplis (Conférence de la famille consacrée à l’adolescence, création des Maisons des adolescents), des lacunes subsistent, tout autant sur le plan des actions de prévention et de repérage sanitaire que sur celui de la prise en charge globale des adolescents en difficulté. Parallèlement, les institutions favorisant l’épanouissement et l’engagement des adolescents apparaissent également en crise.

A la lumière de ce diagnostic, le présent rapport formule 10 propositions, déclinées en 25 actions, pour jeter les bases d’une véritable politique publique de l’adolescence en France. Au rang des mesures urgentes, il apparaît nécessaire de renforcer le pilotage des actions menées à destination des adolescents aux niveaux tant national que local, de renforcer les actions de préventions menées pour ce public, d’améliorer l’accueil et la prise en charge des adolescents à l’hôpital et de faire des Maisons des adolescents de véritables lieux-ressources. A plus long terme, il est également souhaitable de développer la recherche pour éclairer la décision publique sur le thème de l’adolescence, d’améliorer la formation des professionnels sur les enjeux de cet âge, de réformer de façon durable le dispositif de protection des adolescents vulnérables et de soutien à leurs familles ainsi que de favoriser l’engagement des adolescents pour mieux les accompagner vers l’âge adulte.

Voir en ligne : Site de l’ENA

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