Le microcrédit : une opportunité économique et sociale

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Président du groupe CFE-CGC au Conseil économique, social et environnemental, Gérard Labrune, est le
rapporteur, au nom de la section des finances, d’un projet d’avis sur le microcrédit professionnel.

Qu’est-ce qui a motivé la réflexion du Conseil économique et social sur le microcrédit ?

Le point de départ a été le fait que Muhammad Yunus dise
très justement dans Un Monde sans pauvreté que l’emploi
indépendant est certainement une alternative à l’emploi salarié.
Un emploi que l’on peut créer soi-même en créant sa
microentreprise.

Nous avons aujourd’hui de l’emploi salarié de plus en plus
rare, exporté par les grosses entreprises pour des raisons de
coût. Comment ne pas réagir en disant qu’il est possible de
créer son propre emploi, celui-ci inexportable ?

Pourriez-vous rappeler rapidement le principe du microcrédit ?

Il s’agit d’abord d’avoir un bon projet. Ensuite
de ne pas pouvoir entrer dans le circuit bancaire
classique parce qu’on en est éliminé par la
segmentation de clientèle et par le scoring pratiqué
par les banques. On peut alors s’adresser à
l’un des acteurs actuels pour demander ce crédit.

L’intérêt, quand il est accordé, c’est qu’il y a
un accompagnement, de l’étude en amont du
prêt pour voir si l’affaire est viable, mais surtout,
tant que la microentreprise n’est pas bancable,
pendant au moins 3 ans, un accompagnement
à la gestion, à quelques notions de marketing, à de
la comptabilité, etc.

On s’aperçoit que les entreprises qui ont été créées de la sorte
sont viables trois ans après dans des pourcentages de 70 % au
moins, voire plus selon le process qui a été choisi. Le but est
alors de les réintroduire dans le circuit bancaire classique.

Quels sont en France les publics et les opérateurs ?

On a du mal à dire globalement combien d’emplois ont été
créés, parce qu’on n’a pas de chiffres centralisés, mais on sait
qu’il y a un énorme potentiel, jusqu’à la création de 300 000
entreprises dans l’année.

Pour ce qui est des opérateurs l’Adie a eu un rôle de phare en
France. De manière un peu différente, il y a aussi France initiative,
France active, les banques coopératives, et les banques
plus classiques commencent à y venir.

Il y a une manne de capitaux possibles chez les banques à
travers le livret de développement durable. Si les banques
consacraient, de manière un peu obligatoire, 1 % seulement de
ce qu’elles ont en encours dans ces livrets. Il y aurait 700Ms€
à disposition, alors qu’aujourd’hui on en utilise 35.

Quelles sont les préconisations du Conseil économique ?

Nous disons d’abord qu’il faut un outil statistique fiable et
centralisé. Ensuite, il faudrait que les gens sachent que ces process
existent. Donc, nous préconisons la mise en place par la
Banque de France d’un petit livret explicatif sur les différentes
possibilités, qui serait distribué dans les pôles emplois, l’Apec,
les chambres consulaires, en région, dans les APCE (à l’occasion
élargir leur mission). Il faut aussi diversifier les moyens
de financement.

Autre élément, le statut d’autoentrepreneur facilite les créations
d’entreprises, mais nous disons qu’il faudrait améliorer le
système pour éviter les dérives, en liant par
exemple, le contrat de prêt à un contrat de formation.

Nous appelons aussi à créer de la microassurance
à côté du microcrédit. La microassurance
en France est embryonnaire Il n’y a, à ma
connaissance, que la Macif qui la pratique, et encore
on ne compte pas plus de mille contrats,
c’est très peu.

Il serait bon également que les APCE favorisent
les réseaux, fassent en sorte que les microentrepreneurs
soient mis en relation entre eux,
même de manière informelle.

Et puis il faut mieux utiliser les fonds européens. L’Europe
met à disposition pour le microcrédit professionnel des capitaux
que nous n’utilisons pas suffisamment parce que nous limitons
nos prêts à 10000€alors que la définition européenne
va jusqu’à 25000€ par individu. L’une des recommandations
de l’avis du CES est donc de s’ajuster sur la norme européenne,
ainsi que de mettre en place un guichet unique ou une
agence européenne du microcrédit.

Je crois que l’on peut conclure en disant que c’est absolument
une opportunité économique et sociale. Non seulement,
avec ces microentreprises viables, vous créez un tissu d’entreprises
qui maillent le territoire et qui font que l’activité ainsi
créée est inexportable, mais vous faites acte social parce que
vous sortez les gens de l’assistanat et vous leur permettez de se
réaliser.

Ça coûte beaucoup moins cher à l’État et à notre collectivité
et c’est beaucoup plus porteur d’espoir et, économiquement,
beaucoup plus gratifiant.

Voir en ligne : http://www.espace-social.com/spip.p...

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