Redonnons du sens à l’économie sociale

dimanche 13 juin 2010
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Entretien avec Francis Vercamer, député UMP du Nord, auteur du rapport L’Économie sociale et solidaire,
entreprendre autrement pour la croissance et l’emploi , remis récemment à Christine Lagarde, ministre de
l’Économie

Quelle est la genèse de votre rapport à Madame Lagarde ?

Le gouvernement avait fait le constat que le secteur de
l’économie sociale et solidaire s’avérait être un amortisseur
de la crise : malgré la crise, non seulement ce secteur ne
perdait pas d’emplois, mais ces emplois étaient non délocalisables.
D’où sa volonté de favoriser le développement de ce type
d’économie et la mission parlementaire qui m’a été confiée.

Parmi vos 50 propositions, quelles sont celles qui vous semblent les plus essentielles ?

La réponse est délicate car l’économie sociale
est très diverse : cela va de la mutuelle de santé
qui concerne des milliers de personnes à l’association
de quartier, en passant par la banque
coopérative.

Dans mon rapport, j’émets des propositions
d’aspect général (la réforme du conseil supérieur
de l’économie sociale, la création d’un secteur
spécifique à Bercy, des mesures fiscales adaptées,
une utilisation du grand emprunt) et d’autres
très catégorielles qui concernent notamment les
fonds propres des associations, la dimension
européenne des mutuelles, la reprise d’entreprises en difficultés
par des SCOP.

Ce qui me paraît le plus important est de fixer des orientations
très fortes pour développer le secteur, pour lui donner
des moyens financiers et se rapprocher ainsi de l’économie
classique, tout en maintenant ses propres valeurs.

Quels sont les critères de réussite de l’économie sociale et solidaire ?

Le premier critère est d’avoir essaimé dans l’économie classique
par le biais des entrepreneurs sociaux, de redonner du
sens à l’économie en France, de ne plus considérer l’homme
comme variable d’ajustements, mais comme un capital de l’entreprise.

Ensuite, elle travaille sur de l’emploi non délocalisable (surtout
dans le secteur sanitaire et social et l’aide à la personne) :
le développement d’emplois de l’économie sociale est deux
fois et demi supérieur à celui de l’économie classique.

Le 3e vecteur de sa réussite est sa capacité d’innovations,
même si elles ne s’avèrent pas “rentables” au début : c’est ce
secteur qui avait expérimenté le recyclage des déchets et, avec
l’augmentation du coût des matières premières, la filière est
devenue rentable. On retrouve ce côté pionnier avec le microcrédit
et le marché de l’occasion.

Elle a enfin la capacité de rassembler, de donner une image
de la société plus rassurante, moins mercantile, moins spéculative.
J’ai ainsi eu le plaisir de constater une fertilisation croisée
dans les groupes de travail réunissant des entrepreneurs sociaux
de différents courants et de grandes administrations.

Les échos du gouvernement et des acteurs sont-ils favorables ?

Même si tout n’a pas pu être traité durant les
6 mois de la mission, le rapport fait consensus
auprès des acteurs puisque la plupart des propositions
sont les leurs.

Si j’en crois les déclarations du gouvernement
à la remise du rapport, l’écho est également
positif : Laurent Wauquiez a indiqué qu’un certain
nombre de propositions allaient être reprises
rapidement et qu’il allait réunir le conseil supérieur
de l’économie sociale pour travailler sur les
mesures à mettre en oeuvre.

Marc-Philippe Daubresse a jugé intéressantes
et applicables toutes les propositions ayant trait à la solidarité.
Le Premier Ministre lui-même a manifesté son désir de me recevoir.

Et Michel Barnier souhaite me rencontrer sur la perspective
européenne de l’économie sociale et solidaire.
Je crois que le sujet n’est pas seulement à la mode : il est porteur
de valeurs et d’une certaine éthique.

Nos gouvernants sont conscients de la nécessité de redonner
du sens à l’économie et d’inciter des jeunes entrepreneurs à
embrasser l’économie sociale.

Quelle suite envisagez-vous ?

Pour l’instant, je suis sollicité de toute part, mais hors mission,
par les acteurs de l’économie sociale pour intervenir dans
des colloques ou assemblées générales.
Je ne peux malheureusement pas être partout car, en tant que
parlementaire, je m’occupe aussi et plus globalement du social
(la retraite, la pénibilité au travail).
Mais si le gouvernement a besoin encore de moi sur le sujet,
je reste disponible.


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