Valeur ajoutée et partage

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Faut-il faire payer davantage les riches et le capital ? Comment mieux partager la valeur ajoutée
de l’économie française ? Deux questions, parmi d’autres, qui recèlent une forte dimension politique,
économique, mais aussi idéologique et donc passionnelle. Quelques constats.

Attention, sujet ultra sensible : la répartition de la valeur
ajoutée et les inégalités sociales en France.

Quelques études honnêtes éclairent la question du partage
de la valeur ajoutée française depuis 40 ans (rapport Cotis de
2009, étude de Pierre-Alain Pionnier pour l’Insee sur 1949-
2007). Et confirment que la part des salaires dans la valeur
ajoutée qui était de 69 % en 1970, a augmenté jusqu’à 76 % en
1982, puis chuté à 67 % en 1988 pour osciller autour de ce niveau
depuis 20 ans et plus.

Second constat, méconnu celui-là, la France est avec les
États-Unis l’économie où le partage a été le plus favorable aux
salaires !

Troisième constat, entre 1949 et 1982, le taux de marge des
entreprises est passé en moyenne de 30 à 24 % en raison des
deux chocs pétroliers mondiaux. Puis ce taux est remonté jusqu’à
32 % en 1985 pour demeurer étale depuis.

Dans un article de Futuribles de septembre 2009, Gilbert
Cette et Arnaud Sylvain, peu susceptibles d’être des “agents
du capitalisme” réfutent, chiffres en main, l’hypothèse d’une
montée des revenus du capital contre ceux du travail depuis
20 ans. Par contre, ils adoubent le constat selon lequel (étude
Insee de 2009 sur la répartition de l’EBE, excédent brut d’exploitation,
en gros la marge des entreprises) une part croissante
de l’EBE va aux revenus de la propriété versés ; 42 %
contre 52 % réinvestis, le solde étant distribué en intéressement
et participation. Entre 1982 et 2008, la part de dividendes
distribuée est passée de 1,6 à 4 % du PIB.

Quatrième constat, celui de l’Insee ainsi que des travaux de
Camille Landais pour l’École d’économie de Paris : la stabilité
du partage de la valeur ajoutée ne saurait masquer la montée
des inégalités des salaires, du fait notamment de la progression
vive des hauts salaires dans plusieurs domaines de l’économie.

De 1997 à 2005, la part du plus haut décile des salaires pèse
28 % du total (celle du plus haut centile 7 %), toutes deux en
hausse de 1 % sur 8 ans, ce qui est considérable. A contrario,
en bas de l’échelle des salaires, on constate en 2006 un resserrement
des écarts avec un ratio de 66 % entre le smicard et le
revenu médian moyen net (40 % en 1960). « Le salaire médian
est à la fois distancié par le haut salaire et rattrapé par le bas salaire » disait Jean-Philippe Cotis dans son rapport sur le partage
de la valeur ajoutée. D’où, à juste titre, le sentiment pour
nombre de salariés de ne pas bénéficier des fruits de la croissance.

On pourrait ajouter à cela, une autre inégalité : 50 %
des quelque 15 millions de salariés du privé perçoivent,
chaque année, en moyenne 8 Mds€de l’intéressement et de
la participation.

Prolongeons ces constats. L’économie française a changé. La
place du secteur tertiaire est massive avec 74 % du total des
emplois. Ce faisant, la dynamique de la valeur ajoutée et des
modalités de distribution des revenus tirés de l’activité change
également. Le secteur financier recèle une économie avec des
règles de détermination et des écarts de revenus plus importants
que l’économie secondaire traditionnelle ou les services
comme le commerce et l’hôtellerie. Il faut ajouter à cela la
question des charges sociales qui pèsent sur la dynamique de
l’emploi. Que ce soit en termes de prélèvement global (85 %
de charges sociales sur un emploi payé 2 500 €par mois) ou
d’effet “trappe” des règles d’exonération de cotisations sociales,
en dépit de la réforme Fillon de 2004, tout concourt à limiter
les possibilités de gains de pouvoir d’achat salarial direct.

Une situation préoccupante, qui renvoie à l’impératif de maîtrise
des dépenses publiques et sociales. Au-delà des perspectives
pour les salaires bruts, demeure l’incertitude de celles des
salaires nets…

Sauver la protection sociale, financer les retraites en faisant
payer les riches, en revisitant les nombreuses niches fiscales
(au nombre de 486 dans le CGI), en taxant davantage les revenus
du capital, certes. Mais pas de fantasmes “à la française”.
Sans épargne ni capital pas de développement économique
possible. Surtaxer les revenus du capital n’a pas de
sens, parce que l’argent circule, parce que l’épargne et le capital
sont d’abord le fruit d’un revenu du travail, déjà taxé.

Rééquilibrage donc, mais n’escomptons pas des dizaines de
milliards à la clé. Pour sauver et relancer son économie, la
France doit investir massivement. En 2009, l’EBE s’est
contracté de 4 % en France, de 18 % dans le secteur manufacturier ! Tout le monde devra contribuer, certain plus, d’autres
moins. Directement par des prélèvements ou indirectement,
par une forme de différenciation des droits. Nous sommes
bien au début d’un vaste débat sur les nouveaux paradigmes
de la protection sociale.

Voir en ligne : http://www.espace-social.com/spip.p...

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