La réduction de la pauvreté doit se voir dans des objectifs ponctuels

vendredi 2 juillet 2010
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François Soulage, président du Secours Catholique-Caritas France est, en 2010, Ambassadeur pour la
société civile de l’Année européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, sur laquelle il a
accordé un entretien à ESE.

Quels sont les constats qui, en Europe, ont suscité cette Année, et les objectifs visés ?

Les formes de pauvreté sont diversifiées selon que l’on est
dans l’Europe de l’Ouest ou celle de l’Est où on a des
pauvretés qui sont liées à la fin d’un système social extrêmement
protecteur. On y assiste à une chute brutale des populations
les plus fragiles qui étaient assez fortement soutenues par
les systèmes publics disparus avec le communisme. On le voit
très nettement avec les populations de personnes handicapées,
de malades psychiques, qui sont dans un état d’abandon extrême.

Il y a aussi une différence entre Europe du nord et du
sud. Au nord, il y a une tradition de prélèvements
sociaux importants et une politique de redistribution.
Mais le sud, à l’exception de la
France qui a depuis longtemps un système assez
redistributif, est mal équipé.

On a des situations très contrastées avec une
dominante qui est l’accroissement des inégalités
alors que la pauvreté a tendance à diminuer.
Il s’agit pour le Conseil de l’Union d’inscrire
dans les cinq objectifs fondamentaux de la stratégie
européenne pour 2010-2020 la réduction
de 25 % du taux de pauvreté. Faire en sorte que
l’on passe de 80millions de pauvres à 60millions
à peu près.

Quelle est la situation en France ?

Il y a diminution du niveau moyen de pauvreté et accroissement
des inégalités, donc approfondissement des situations de
pauvreté. En quinze ans, on est passé de 17 % de personnes en
dessous du seuil de pauvreté (908€ par unité de consommation)
à 13,4 % ; mais dans ces 13,4 % plus de la moitié est très
en dessous de la moitié du seuil de pauvreté, soit moins de
450€ par mois par personne.

Qu’a-t-on prévu de faire durant cette année ?

Honnêtement, je ne sais pas aujourd’hui, parce qu’une fois
qu’on a dit « on va réduire le taux de pauvreté », j’ai le sentiment
qu’on n’a rien dit. Donc nous nous battons pour que la
réduction de la pauvreté se voit dans des objectifs ponctuels,
sur l’éducation, la culture, le logement, la santé. En France des
réunions régionales de travail portent sur l’insertion, l’accès
aux droits et le partenariat territorial.

Le partenariat territorial ?

Le partenariat territorial, parce que pour lutter contre la
pauvreté il faut une approche territoriale très complète, faire
en sorte qu’au niveau d’un territoire la lutte contre la pauvreté
soit prise en charge par de véritables chefs de file, capables
de mettre en oeuvre des politiques cohérentes dans les
différents domaines. Cela veut dire qu’il faut qu’une personne
soit prise en charge à la fois pour la santé, l’accès à
l’emploi, un problème de formation ou de logement. Qu’au
niveau territorial, il y ait un lieu où l’on puisse prendre en
compte la situation spécifique et globale des personnes, en
étant capable de les orienter vers tel service ou
tel autre pour débloquer des situations.

Vous menez des expérimentations dans différentes régions déjà…

Oui, nous avons lancé 68 expérimentations
que nous allons évaluer en novembre dans des
domaines différents pour faire des propositions
concrètes au ministre.

Une réunion a eu lieu à Rennes sur les parcours
d’insertion. Les conclusions indiquent
qu’il faut que les acteurs professionnels et les associations
de bénévoles travaillent mieux ensemble,
parce que leurs actions sont complémentaires. Le Ccas de
St-Brieuc par exemple a monté un réseau qui va jouer le rôle
de “chef de file”. Il faut demander aussi qu’il y ait pour chaque
personne un contrat personnalisé, sans limite de temps et faisant
l’objet d’observations régulières sur la situation de la personne,
qui tienne compte aussi des retombées sur la vie familiale,
le logement, etc., qui tienne compte des difficultés que
peut avoir la personne et de l’évolution de sa situation.

Dans les expériences menées par les Jardins de Cocagne et le
Secours Catholique à Grenoble, on observe encore que l’on
doit absolument dépasser le délai de deux ans des chantiers
d’insertion. En effet, au bout de deux ans, quoi qu’il arrive,
l’aide cesse. C’est une aide au poste et non pas à la personne.
L’exemple de ce qui se fait dans les coopératives sociales italiennes
où les contrats sont liés à la personne avec des évaluations
régulières de la situation, mais sans limite de temps, doit
être repris.


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