Politique sociale et familiale en Grande Bretagne

mardi 27 juillet 2010
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Le modèle social britannique n’a pas été sans influence en Europe et en France. Quels sont les caractéristiques
du Welfare State et l’impact des réformes entreprises depuis 1997 ? Le numéro 159 d’Informations
sociales, édité par la Cnaf, se propose de dresser un bilan des actions menées et d’en analyser les enjeux.

Le rapport rendu au gouvernement britannique en janvier
2010 sur les inégalités économiques aux Royaume Uni,
constatait qu’en trente ans, le fossé entre les riches et les pauvres
s’était considérablement accentué. Dès leur arrivée au
pouvoir, dans les années quatre-vingt-dix, les travaillistes s’étaient
pourtant fixé l’objectif de vaincre l’exclusion sociale. Ils
ont pour cela développé une politique sociale et familiale appuyée
sur l’idée d’une “Troisième voie”. Avec la mise en place
de la Social exclusion unit (Unité contre l’exclusion), l’introduction
d’un salaire minimum (1999), une série de réformes
des allocations familiales, l’instauration d’une politique globale
de structures d’accueil pour la petite enfance, des mesures en
faveur du travail des femmes, ils ont tenté de développer un
modèle de “l’égalité des chances” et de l’“inclusion” sociale
qui a eu un véritable impact en Europe, et notamment en
France (cf. le RSA, dont Philippe Steck rappelle ce qu’il doit au
modèle britannique).

Le numéro se développe en trois parties : la première traite
des fondations beveridgiennes et des évolutions de l’État providence,
la seconde se focalise sur les actions mises en oeuvre
dans les différents champs de l’insertion sociale, et la troisième
traite des aides particulières aux groupes les plus fragilisés.
Dans un premier article, Michael Hill s’interroge sur les raisons
qui ont fait choir le Royaume uni de sa place de pionnier
de l’État providence et suppose que, dès les débuts, les recommandations
de Beveridge n’ont pas été suffisamment suivies.

L’installation progressive d’une concurrence entre les systèmes
d’assurance sociale et d’assistance aurait mis en échec les ambitions
initiales. L’article retrace ce processus depuis les efforts
infructueux des gouvernements travaillistes (1960-
1970) et les attaques contre les aspects “universalistes”
qui ont été portées par les gouvernements
conservateurs (1980-1997), jusqu’aux
approches des nouveaux travaillistes qui n’ont pas
vraiment inversé celles de leurs prédécesseurs.

Jérôme Tournadre-Plancq analyse, lui, les fondements
théoriques de ce projet de « dépassement de la
gauche et de la droite » porté par les tenants de la
Troisième voie. Questionnement sur l’égalité, édification
d’une société méritocratique et, à la fois, individualisation
du social et idéal d’une communauté “cohésive” à laquelle il
suffirait de se savoir “appartenir”. Une “inclusion” dépendante
de “valeurs socialement partagées” (Tony Blair) conditionnant
finalement une “nouvelle moralité sociale” (id.) dont l’exclu
serait, sinon le malade, le déviant.

Philippe Steck, directeur adjoint de la Cnaf, souligne ce que
le RSA doit au modèle social britannique : intéressement à
retrouver une activité, fusion des minima sociaux, synergie
des acteurs, contractualisation avec les bénéficiaires, entre autres.
Il relève également ce qui de la mise en oeuvre du RSA
peut en limiter les effets. Pour conclure que la pauvreté des enfants,
qui était visée en Grande Bretagne comme en France,
reste à éradiquer dans les deux pays.

Aides sociales aux mères isolées et politique du handicap
sont, elles, traitées dans la troisième partie.
Les constats sur la multiplication des familles monoparentales
et l’augmentation du nombre de mères isolées sont assez
proches de ceux que l’on peut faire pour la France. L’article de
Fabienne Portier – Le Cocq répertorie les types d’aides destinées
aux mères isolées qu’elles travaillent ou pas. Aide familiale,
aide scolaire, incitation à l’emploi, la prise en compte de
leur situation ne leur évite toutefois pas la stigmatisation et,
depuis fin 2008, ces aides font d’ailleurs l’objet de restriction.
Depuis une quinzaine d’années la politique du handicap au
Royaume uni a changé. L’article de Bob Sapey revient sur la
reconnaissance d’un modèle social du handicap (Michael
Oliver, 1983) et, sous la pression des associations, celle de la
citoyenneté et de droits civiques pour lutter contre la
discrimination. Il décrit surtout des “avancées” souvent
paradoxales par rapport aux aspirations des
personnes handicapées à un mode de vie autonome.

L’intérêt de cet ensemble est de situer le système
social britannique sur l’échiquier mondial de la
protection sociale. Typé depuis 20 ans comme anglo-
saxon, ce système, Beveridgien à l’origine –
initiateur du concept de sécurité sociale – ne l’est
manifestement plus.


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