Il faut intégrer l’humain dans le travail

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La première Université d’automne sur l’emploi et la santé au travail s’est tenue le 18 novembre
dernier à l’initiative de la Cpam du Havre, en collaboration avec l’École centrale de Paris, Sciences Po
et la Carsat Normandie. Entretien avec Régine Brun, directrice de la Cpam du Havre.

Quels sont les objectifs de cette Université d’automne du Havre pour l’emploi et la santé ?

Le but de cette première journée d’université d’automne est
d’engager une réflexion sur la place de l’humain au sein
de l’entreprise. Pourquoi une université et pourquoi au
Havre ? Parce qu’on s’aperçoit que chacun tout seul dans son
domaine ne progresse pas et qu’il faut arriver à remonter au
niveau de la formation et de l’information des différents partenaires.

Un ingénieur, un médecin, un manager ont chacun sa
méthode de travail, sa formation et son langage. Pour que ce
triptyque sur lequel reposent l’emploi et la santé dans l’entreprise
puisse s’entendre, il faut donner les occasions à ces partenaires
de se rencontrer, de travailler ensemble
sur un certain nombre de domaines et de projets
et de partager méthodes et langage.

Quels liens entretient cette Université d’automne avec les récentes réformes au plan national ?

Avec la dernière réforme sur les retraites, nous
devrons faire face au vieillissement des salariés
et il faut s’interroger sur l’adéquation des différents
postes entre le travail et l’état de santé des
salariés, tenir compte de l’âge, des différentes situations
qui peuvent faire qu’un salarié est en situation de handicap.

Il s’agit bien d’adapter le travail à l’évolution de l’état de
santé du salarié et non pas l’inverse, avoir des fiches de poste,
avoir des emplois très figés et puis forcer le salarié à s’adapter
à cela. En tant que caisse primaire, on sait ce que coûtent à la
nation les accidents du travail, les maladies professionnelles,
les arrêts de travail. On est à plus de 0,6 % du PIB. Alors nous
avons essayé de mettre en relation cet aspect macroéconomique
avec l’assurance maladie, de faire porter cet enjeu national
par chaque maillon de la chaîne, par chaque entreprise.

Y a-t-il des choses qui s’amorcent concrètement dans ces partenariats avec les acteurs de terrain ?

L’un des premiers chantiers est la formation et la formation
continue des médecins du travail avec cette nécessité de revoir
complètement leur rôle. On parle du coup forcément de
la santé au travail, de qui fait quoi à l’intérieur des entreprises,
associations, collectivités locales et territoriales. Nous travaillons
en commun avec un certain nombre d’associations
dont l’Aftim (Association française des techniciens, ingénieurs
et médecins du travail), la Carsat (la caisse d’assurance retraite
et de santé au travail) et un certain nombre d’acteurs politiques,
la chambre de commerce et d’industrie et la mairie du
Havre qui est également plus que partie prenante. Nous travaillons
également à revenir sur la formation continue et professionnelle
et à faire que les différents partenaires travaillent
sur des projets communs. C’est cette nouvelle approche de la
santé au travail qui est la vision principale. Cela ne peut se
faire qu’en revoyant l’organisation au niveau management et
ingénierie. Si l’on travaille à la prévention, il ne faut pas avoir
une vision organiciste du travail, mais bien y intégrer l’humain.

C’est un petit peu ce qu’ont fait l’École centrale et
Science-po Paris en créant un executive certificate
l’année dernière sur la santé au travail, avec cette
approche simultanée d’une école d’ingénieur et
d’une école de management.

Est-ce que la région normande est confrontée à des enjeux particuliers sur la santé au travail ?

Le site du Havre est une région anciennement
industrielle avec un risque chimique très lourd.
Le territoire est un site Seveso. C’est une zone
portuaire et une zone de services. Sur ces trois
axes, la région du Havre se développe et bouge. On est dans
une mutation socioéconomique.

C’est également l’un des territoires
de santé qui a des problèmes de démographie médicale
pour tous les professionnels de santé, médecins, dentistes
etc. avec donc une problématique de l’accès aux soins. C’est
aussi vrai au niveau des médecins du travail qu’au niveau national,
la médecine du travail est dans une situation très problématique.

Encore plus dans ce site du Havre où il y a
quelques mois ont fusionné les deux services de médecine du
travail.

C’est un territoire de santé relativement petit sur lequel il y a
un certain nombre de marges de manoeuvre, avec cet atout
qu’un certain nombre de partenaires concernés ont tous envie
de travailler ensemble. C’est très positif. Ce qui est en train de
se faire ici localement est une mise en pratique de ce qui pourrait
se faire sur n’importe quel territoire, mais nous avions ici
la possibilité de mobiliser des acteurs persuadés du bien fondé
de ce genre d’action.

Voir en ligne : http://www.espace-social.com/spip.p...

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