Le discours au mutualistes

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Le 14 décembre dernier, Étienne Caniard a été élu président de la Fédération nationale de la Mutualité française
avec 96,3% des voix. Sitôt l’élection acquise, le nouveau président de la FNMF, dans un discours offensif, a
précisé sa vision des défis posés au mouvement mutualiste. Quelques extraits significatifs.

(…) Avant de présenter la façon dont je conçois l’accompagnement
des mutuelles par la Fédération, je reviens sur le
rôle que le mouvement mutualiste doit jouer dans une société
incontestablement en crise. (…) La société a besoin de repères
pour ne pas confondre les valeurs qui fondent un système de
protection sociale juste et efficace et les références à un passé
révolu qui nourrissent un immobilisme mortifère.

Ma crainte est que, de report en report des décisions difficiles,
nous nous trouvions soudainement face à des mesures radicales
qui démantèleraient les mécanismes de solidarité nationale
au nom des contraintes externes, celles des marchés
financiers exonérant les politiques de leurs responsabilités.
Face à ce risque, hélas bien réel, la Mutualité est un des rares
acteurs qui peut faire comprendre que l’adaptation indispensable
de notre système aux enjeux d’aujourd’hui n’est pas synonyme
de renoncement aux valeurs. Ainsi, si l’accès aux soins
demeure une priorité, encore faut-il savoir hiérarchiser les besoins.

Quel sens cela a-t-il de traiter sur le même plan l’accès à
un médicament à service médical rendu faible et la prise en
charge de handicaps lourds, pour lesquels nous acceptons parfois
complaisamment un éloignement du milieu familial pourtant
injustifiable ? (…)

La place de la Mutualité ne saurait se définir par défaut,
pour compenser l’incapacité d’agir d’un autre acteur. La
Mutualité ne peut se bâtir sur les ruines des régimes obligatoires.
Elle doit, au contraire, promouvoir un modèle où la complémentarité
entre deux acteurs renforce l’efficience du système
et l’accès aux soins. (…) Derrière une relative stabilité
des taux d’intervention du régime obligatoire, se dissimule un
désengagement extrêmement rapide en médecine de ville, au
point que les remboursements des régimes obligatoires pourraient
rapidement devenir minoritaires (…) sans pour autant
qu’ait été organisée l’intervention des complémentaires. (…)

Puisque nous évoquons l’incohérence des politiques vis-à-vis
des complémentaires, soulignons que, depuis 2009, le financement
de la CMU-C ne relève plus de la solidarité nationale.(…)
Plutôt que de multiplier ces mécanos budgétaires,
complexes, opaques, inefficaces, ne serait-il pas préférable de
nous donner les moyens d’exercer nos responsabilités ? (…)

Une réflexion ambitieuse ne pourra pas ignorer l’importance
croissante de ce qu’il est convenu d’appeler les restes à
charge.(…) Porter un regard lucide, c’est accepter de regarder
en face la réalité des dépassements d’honoraires et celle de la
rémunération des professionnels de santé, et c’est réfléchir aux
conséquences des choix implicites opérés depuis longtemps
qui ont conduit à la quasi disparition des régimes obligatoires
dans certains secteurs comme l’optique ou, à un degré moindre,
l’audioprothèse (…)

Un autre dossier s’est invité dans le calendrier social : la
dépendance. (…) Nous n’avons pas à trancher aujourd’hui,
mais il est de notre responsabilité d’apporter rapidement une
réponse mutualiste.(…)

Il faut veiller à ce que cette indépendance du mouvement
mutualiste ne se transforme pas en isolement. Une stratégie
d’alliance est indispensable. (…) Avoir raison contre tous
rend difficile la mise en oeuvre de nos propositions.
Une stratégie d’alliance est donc
indispensable au niveau national,
mais aussi au niveau territorial(…)
Nos désaccords ne dispensent pas
du dialogue et n’interdisent pas des
travaux en commun. Qu’il s’agisse
des organisations syndicales, des associations
de patients et d’usagers,
des professionnels de santé, des organisations
patronales et professionnelles,
mais aussi d’une certaine façon
des autres complémentaires. (…)

Sur les politiques de conventionnement,
nous devons travailler ensemble
sans porter atteinte à la souveraineté des
mutuelles (…) J’ai confiance dans les équipes
fédérales. Je suis persuadé qu’elles se mobiliseront
dans cet esprit.

Je crois à la concertation, à l’échange et au débat.
(…) Les différences d’appréciation, les désaccords
ne sont pas choses anormales(…) Encore faut-il
qu’ils ne portent pas sur des sujets portant préjudice à
l’unité du mouvement. Ce n’est pas à la Fédération
d’apporter des réponses à la place des mutuelles.
C’est sa responsabilité d’organiser le débat
et de mettre en évidence les conséquences
des décisions. »

Voir en ligne : http://www.espace-social.com/spip.p...

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