La RGPP, un véritable non sens pour les organismes sociaux

samedi 19 février 2011
popularité : 50%

Grève et mécontentement des médecins conseils
de la CNAMTS. Entretien avec Jean-François
Gomez, président du syndicat général CFE-CGC
des praticiens conseils.

Quelles sont les raisons de l’actuel mouvement des médecins conseils ?

Il y a une crise métier et une crise de valorisation. Le
rapport charge de travail/effectifs est de plus en plus défavorable.
Nous perdons 50 postes par an depuis 2000. La
constitution des ARS nous a subtilisé plus de 240 collègues.

Au motif du transfert des missions, il s’agissait
avant tout de capter la ressource praticiens
conseils. Dans le même temps les sollicitations
croissent : pas un PLFSS, pas une année, sans
missions supplémentaires pour le contrôle médical :
Capi, mises sous accord préalable, contrôles
employeurs, indemnités temporaires d’inaptitude
et, dernièrement, reconnaissance de la pénibilité
sur la loi portant réforme des retraites.

La “crise métier”, c’est aussi la “bascule métier”.
D’experts publics de la réparation du préjudice
corporel, nous sommes devenus, depuis
1996, la clé de voûte des actions de gestion du risque de l’assurance
maladie qu’elles relèvent de l’accompagnement des partenaires
ou de leur contrôle.

Nous gérons également de fortes
contradictions : mettre en place des actions de prévention de la
désinsertion professionnelle, c’est laisser filer des arrêts de travail,
substituer des fins d’arrêts de travail par la délivrance de
pension d’invalidité relève du “trompe l’oeil”, sans bénéfice
marquant pour l’assurance maladie. En interne, le “temps praticien”
est parasité par des démarches qui, bien que légitimes,
ne savent pas raison garder : démarche qualité, contrôle
interne, contrôle de gestion : pas une journée sans recevoir un
ou plusieurs supports d’instructions, de questionnements ou
de sollicitations supplémentaires. L’organisation du travail se
déshumanise au travers d’un schéma de production taylorien
sans réelle plus value. Des contenus de message étriqués dévalorisent
l’intervention des praticiens conseils et surtout leur
bonne utilisation dans le cadre des échanges confraternels.

Tous les baromètres sociaux sont dans le rouge au sein du service
du contrôle médical.

Et la valorisation ?

Alors que côté “agents”, des travailleurs pauvres apparaissent,
côté “praticiens” tous les leviers prévus par une convention
collective “gagnant-gagnant” sont bloqués : revalorisation
de la valeur du point exsangue, application “plancher” des
mesures de changement de niveau de responsabilité, effondrement
des mesures de contribution professionnelle, tentative de
remise en cause des mesures d’ancienneté.

Nous dérivons vers
un constat “gagnant-perdant” avec des interlocuteurs CNAMTS,
Ucanss, Comex, sans pouvoir, soumis à la loi de Bercy, à la religion
de la Révision générale des politiques publiques, qui
jouent le rôle de simples fusibles.

La RGPP appliquée aux organismes sociaux, est un véritable
non-sens. Comment comprendre que des corps de professionnels
qui participent à l’endiguement des dépenses
soient à ce point étranglés en effectifs et
en mesures d’encouragement ?

Qu’attendez-vous des négociations ?

La conjoncture nous force à aller à l’essentiel.
Les efforts de mutualisation doivent nous
conduire à redéfinir des champs de production
et de responsabilité, non plus partagés mais personnels,
de tous les niveaux de notre réseau.

Il
est temps aussi de mettre en place un réel management
participatif. Les praticiens conseils sont
capables de comprendre les exigences de production attendues
par leur employeur, qui doit comprendre que l’exercice de la
médecine ne relève pas systématiquement d’une production
rythmée par le métronome des indicateurs, ni de résultats relevant
de l’application stricto sensu de référentiels. Il faut raison
garder. Quant à la valorisation des personnels, en l’absence de
ré-axation rapide, la dynamique actuelle ne peut que nous
conduire à un constat final “perdant-perdant”.

Comment les médecins conseils trouvent-ils leur place dans les réformes de santé ?

Les praticiens conseils sont avant tout des experts : experts
publics du préjudice corporel, et experts de l’évolution et de l’évaluation
des pratiques professionnelles. C’est autour du juste
équilibre de ces deux orientations que doit se dessiner leur
identité.

Nous devons également inscrire notre professionnalisme
au sein de toute démarche d’introspection visant à garantir
l’équité de traitement des patients et, en aucun cas, céder
aux manoeuvres non justifiées d’inflexion de nos décisions.

Notre indépendance est la garantie de notre non-instrumentalisation.
C’est le cas aujourd’hui. Cela ne le serait plus si l’assureur
public oubliait qu’il est, avant tout, assureur solidaire.


http://www.espace-social.com/spip.p...

Sites favoris Tous les sites

29 sites référencés dans ce secteur

Brèves Toutes les brèves

Sur le Web Tous les sites