La reconnaissance se fait dans les deux sens

vendredi 25 février 2011
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Depuis 2005, Un Coeur pour la paix prend en charge des enfants palestiniens souffrant
de cardiopathies congénitales, qui peuvent être ainsi opérés à l’hôpital Hadassah de Jérusalem.
Par ses actions pour la santé, l’association entend bien travailler au rapprochement des peuples
Palestinien et Israélien. Entretien avec Muriel Haim, sa présidente.

Comment est née l’idée d’Un Coeur pour la paix et quel en était le projet ?

L’idée est née lors d’un voyage en Israél avec un groupe
de médecins français. À l’hôpital Hadassah nous rencontrons
le professeur Rein qui nous explique qu’il n’y
a pas de service de cardiologie pédiatrique chirurgicale en
Palestine, ni d’équivalent de notre Sécurité sociale. Or, de
nombreux enfants palestiniens souffraient de cardiopathies
congénitales souvent mortelles.

Il avait
besoin de financement pour opérer 50 enfants
par an, ce fut l’acte de naissance d’Un Coeur pour
la Paix. C’était en mai 2005, le premier enfant
était opéré en septembre 2005.

Comment les enfants palestiniens sont-ils dépistés ?

Première étape, répondre à l’urgence en finançant
les opérations des enfants. Puis, former des
médecins palestiniens avec la création d’un système
de bourse (1 000€/mensuel pendant un an) pour qu’ils
maîtrisent l’échocardiographie. Avec une autre année, ils maîtrisent
tout ce qui est cathétérisation, c’est-à-dire opération à
coeur fermé.

L’organisation d’un dépistage régulier en Cisjordanie, nécessite
du matériel et nous avons donc fourni des échocardiographes
portables. Aujourd’hui, un dépistage est organisé régulièrement
2 jours par semaine en Cisjordanie. Il était nécessaire
aussi de s’attaquer à la racine du problème, les mariages
consanguins responsables de nombreuses malformations cardiaques.

Une jeune femme palestinienne, conseillère en génétique,
informe désormais les familles sur ces risques.

Aujourd’hui, Un Coeur pour la paix a créé des réseaux entre
médecins israéliens et palestiniens – cela répond à un vrai besoin
– et initié, depuis décembre 2010, des “groupes de paroles”
entre mères israéliennes et palestiniennes qui ont eu des
enfants opérés à Hadassah.

À ce jour 301 enfants ont été opérés gratuitement – avec
97,5 % de réussite. On pense qu’il y a actuellement entre 200
et 300 enfants qui auraient besoin d’être opérés chaque année.
Un Coeur pour la paix en opère entre 60 et 90 (87 en 2009, un
peu plus de 60 cette année).

Pouvez-vous redire comment se passe concrètement une prise en charge ?

S’il y a une urgence la nuit, le docteur El Laham assure les
gardes. Il contacte tout de suite le professeur Rein avec qui il
peut décider d’hospitaliser l’enfant immédiatement s’il y a urgence.
Nous fournissons un médicament, la prostine, pour
que l’enfant soit stabilisé le temps de son transfert.

Autrement, quand un médecin diagnostique
une cardiopathie, il appelle Jean-Jacques Rein. Ils
discutent du cas de l’enfant. S’ils considèrent qu’il
faut opérer, la procédure est la suivante : il nous
envoie un fax avec le nom, l’âge, la pathologie, le
poids de l’enfant et le numéro d’identité du parent
qui va l’accompagner. On envoie aux deux
postes frontière une demande de passage et un
papier de prise en charge financière. Cela va très
vite. L’enfant est mis dans une ambulance avec
un parent. Il change d’ambulance au point frontière
et arrive à Hadassah. Si ce n’est pas une urgence
le processus est le même mais prend quelques heures de
plus. Il n’y a jamais eu un enfant arrêté à un poste frontière.

Vos projets ?

Continuer à opérer les enfants, continuer la formation spécialisée,
développer les groupes de paroles, monter un symposium
sur l’état de l’art en cardiologie au Proche-Orient entre
médecins israéliens et palestiniens.

Mettre en place, avec des hôpitaux palestiniens de Cisjor -
danie et de Gaza, une base de données de patients adultes qui
ont une malformation cardiaque congénitale. Un certain nombre
de ces patients, qui ont grandi avec des malformations cardiaques
faibles à modérées, ont une qualité de vie diminuée
ou meurent plus jeunes. Il faut donc les dépister et les soigner
chirurgicalement ou par voie médicamenteuse.

Nous allons aussi proposer une formation à 150 médecins
généralistes palestiniens pour les sensibiliser au dépistage des
cardiopathies par échocardiographie, pour les familles qui ont
des antécédents cardiaques ou ont contracté des mariages
consanguins. On avance doucement, on crée des réseaux.

Je crois qu’au niveau de la société civile, il y a des ressources
extraordinaires pour construire un avenir ensemble.


http://www.espace-social.com/spip.p...

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