Insupportable déficit social des pays du Maghreb.

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Pauvreté, chômage endémique, carence de protection sociale, répression syndicale, absence de dialogue
social et évidemment de démocratie, autant de facteurs qui expliquent la dimension sociale de la crise
devenue révolution qui secoue le proche Orient et les nations du Maghreb. Le Maroc tente de réagir.

Sur la crise politique au Maghreb, tout a déjà été dit ou
presque. Sur la crise économique et sociale, nettement
moins. Quelques éclairages complémentaires sont donc
utiles. En premier lieu, certains de ces pays n’ont ni pétrole ni
matières premières suffisamment indispensables à l’Occident
et aux économies développées ou émergentes pour obtenir, en
contrepartie, des recettes suffisantes à garantir un processus
pérenne de développement et satisfaire les besoins élémentaires
des populations.

Mais parfois la réalité est plus complexe. La Lybie dispose
d’importants revenus grâce à la manne pétrolière. L’Algérie
bénéficie de près de 170 Mds $ de réserves de change, soit l’équivalent
de son PIB. Presque le record du monde. Pendant
ce temps, la jeunesse se meurt de la précarité et du chômage.
S’ajoutent à cela les hallucinantes fortunes colossales accumulées
par les potentats Tunisien ou Égyptien, avec l’assentiment
explicite de la communauté internationale.

Inégalités effroyables

Il résulte de tout cela un niveau d’inégalité de situations et
de revenus qui dépasse parfois l’entendement. La donne démographique
accentue objectivement les déséquilibres. Une
économie de rentes (pétrole et autres matières premières) ne
débouchant pas sur une redistribution des richesses, un tourisme
fragile, une absence de perspective équilibrée de développement,
produisent un chômage endémique, même pour
les jeunes diplômés de l’enseignement supérieur, et provoquent
l’exode massif des jeunes adultes, qualifiés ou non.

2,5 millions d’Égyptiens et un million de Tunisiens en Lybie.
Officiellement le taux de chômage annoncé oscille entre 10,
15, voire 20 %. La réalité est autre. Il faut plutôt parler de 25 à
30 %, si ce n’est davantage dans des zones géographiques éloignées
et de grande pauvreté et il faudrait encore évoquer la situation
faite aux femmes…

Le droit à la santé, qui fait l’objet de tant de colloques internationaux
et de programmes de coopération,
ne profite qu’à une minorité.
Entre 10 et 20 % au regard des critères
de l’AISS ou de l’Union européenne.
Le reste de la population doit se débrouiller.
Sans compter que nombre
de médecins formés dans les universités
occidentales ne sont souvent pas retournés dans leur
pays, faute de perspectives professionnelles. Une double peine
pour les populations.

La plus grande des erreurs françaises a été notamment, de
notre avis, d’avoir prôné dans ces pays notre modèle social
qui, s’il fut plutôt adapté à nos besoins, est une imposture
pour ces nations. Que veut dire la création d’une assurance
maladie contributive avec une médecine libérale dans des économies
ou l’activité informelle représente 40 ou 50 % du revenu
national ?

Le Maroc est un cas particulier. Car la question sociale est,
depuis longtemps, traitée par le roi. Afin d’éviter la propagation
de la déferlante actuelle, Mohamed VI vient de prendre
des mesures d’urgence. Relance du projet de Ramed, le régime
d’assurance maladie minimum, une sorte de CMU marocaine.
Pour les diplômés chômeurs, le gouvernement vient
de décider un recrutement direct dans la fonction publique
(sans concours). Le plan emploi de 350000 postes est relancé.
Tout comme le programme “Villes sans bidonvilles”. Le système
de compensation des prix, coûteux pour les finances de
l’État est maintenu et permet de limiter l’impact de la hausse
des prix sur le “panier de la ménagère”. Enfin, démocratie
oblige, le roi annonce la mise en place imminente du Conseil
économique et social. Cela suffira-t-il pour calmer les tensions
sociales latentes ?

Deux considérations pour finir. La première, sans tomber
dans le sempiternel angélisme traditionnel, pointe une claire,
mais non exclusive, responsabilité des pays riches occidentaux
dans ces situations que nos élites ont laissé s’installer
parce qu’elles en tiraient profit. Second constat : pour cause de RGPP, le quai d’Orsay
supprimerait de nombreux postes de
conseillers sociaux dans les continents
émergents, Asie et Afrique, pour ne nommer
que ceux-là. Une nouvelle erreur
d’appréciation de nos diplomates,
décidément peu en phase avec les
réalités. Le maintien d’experts
sociaux dans ces zones s’impose
d’évidence.

Voir en ligne : http://www.espace-social.com/spip.p...

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