Pour une autre stratégie mutualiste

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À l’occasion des Rencontres des innovations solidaires (RIS), les 15 et 16 mars à Paris, au Cnit,
ESE a rencontré Jean Sammut, président du comité d’organisation de la manifestation.

Pourquoi ce premier salon de la protection sociale et des solidarités ?

L’idée est de créer un lieu d’échanges entre les professionnels
de l’économie sociale et solidaire, d’échanges
avec les intellectuels, les hommes politiques et, d’une façon
générale, la société civile. Parce que nous avons la conviction
que les réponses apportées par l’économie sociale et solidaire,
par les formes à but non lucratif, notamment en matière
de protection sociale, de justice sociale n’ont pas le niveau de
visibilité, la reconnaissance, ni de ce qu’elles font
ni des propositions qu’elles peuvent faire. J’allais
dire la reconnaissance politique suffisante.

Nous sommes dans un moment ou le monde de
l’économie sociale et solidaire constitue une véritable
perspective d’avenir pour une meilleure société
en France. Ce salon, comme lieu indépendant,
ouvert aux échanges, sans les contraintes de
l’institution, correspond à cette contribution à
faire émerger une parole politique de l’économie
sociale et solidaire.

Pensez-vous déboucher sur des propositions ?

C’est aux acteurs institutionnels de faire des propositions.
On voit aujourd’hui un engagement citoyen, des motivations
nouvelles, sur le durable, la pratique démocratique, la solidarité
internationale. Les initiatives foisonnent et, en définitive,
se font à côté des grandes institutions.

De même, beaucoup d’intellectuels travaillent sur des notions
alternatives à l’économie néolibérale. Notre rôle peut
être de créer le lien entre les institutions et ces laboratoires.

Quels types de solutions aux crises de notre société l’économie sociale peut-elle offrir ?

Chaque sujet est un sujet sur lequel on peut proposer une autre
stratégie que celles qui sont proposées actuellement.
Prenons l’exemple de la dépendance. On est face à une supercherie
économique dans la mesure où cette question n’apparaît
pas réellement comme un problème financier majeur de
nos sociétés, que le vieillissement de la population ne conduira
pas à une impasse financière majeure, mais que, par contre, le
faire croire permet de créer un marché financier considérable.

Nous sommes plutôt face à un problème de solidarité et de
justice sociale pour un besoin naturellement très important en
termes d’accompagnement, et qui doit mobiliser toute une série
d’acteurs pour une grande part associatifs.

C’est un peu le
thème des rencontres, le problème se situe plus dans la façon
de poser la question. Si on dit que la finalité de notre activité,
c’est la solidarité, la justice sociale et que les moyens de gestion,
l’économie, sont au service de cette solidarité, alors on va
trouver d’autres solutions que celles que préconise actuellement
le marché et qui visent à constituer des marchés du social,
des marchés assurantiels. L’exemple de la dépendance est
spectaculaire de ce point de vue.

Quelles perspectives voyez-vous pour la mutualité ?

On est à un moment important pour la mutualité
de deux points de vue. La régulation du système
de protection sociale est dans une impasse,
et financière et du point de vue de la satisfaction
des besoins. On voit bien, avec les déserts médicaux
notamment, qu’il y a une profonde désorganisation
du système de santé.

Or il n’y a pas de perspective à la régulation de
la protection sociale sans l’implication, la prise de
responsabilité des populations. Et nous avons la chance, en
France, d’avoir une structuration historique qui est la mutualité,
seule capable de porter un projet conçu avec la population,
sur des arbitrages en matière de couverture sociale, d’organisation
du système de santé et de relations avec les
professionnels de santé. La mutualité est là dans un moment
historique.

Le deuxième point est qu’elle est face à la mise en place
d’une nouvelle régulation européenne qui affecte considérablement
son organisation, et dont on ne fait que commencer à
voir les effets en termes de fonctionnement démocratique. Est-ce
qu’elle va se donner les moyens de continuer à être une
grande force démocratique, ancrée dans les territoires, coopérant
avec toutes les forces et secteurs d’activités autour du social,
ou ne risque-t-elle pas de devenir une forme économique
plus traditionnelle, coupée de sa capacité d’intervention dans
la société ?

Nous sommes donc à un moment où il faut sortir de nos pratiques
habituelles et adopter un positionnement plus politique
sur la société que nous voulons. La mutualité peut être le
porte-parole d’une société fraternelle où les gens s’impliquent
et sont acteurs de leur devenir.

Voir en ligne : http://www.espace-social.com/spip.p...

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