Le soin prime sur les croyances

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Faux débat sur la laïcité, vrai problème de concertation entre le gouvernement et l’hôpital public, Ese,
s’entretient avec Rachel Bocher, présidente de l’INPH (Intersyndicat national des praticiens hospitaliers).

Y a-t-il un problème de respect de la laïcité dans les hôpitaux ?

Des tentatives de manquement, probablement. En
revanche ce n’est pas parce qu’on est hospitalisé que
l’on fait fi de ses croyances. La charte du patient hospitalisé
de 1995 affirme le respect des convictions et des croyances
de chacun, dans le cadre affirmé de la liberté individuelle
et le respect des consciences. Les personnels soignants doivent
parfois mobiliser tout leur savoir faire pour expliquer et appliquer
le strict respect de la laïcité. Globalement cela est compris.

La charte du patient est de ce point de vue
un bon repère.

L’organisation à l’hôpital peut, sans entorse,
faire référence à l’origine chrétienne de notre
Pays. Il n’est donc pas anormal qu’à Noël, ou à
Pâques il puisse être proposé des repas améliorés.
Ces repas doivent être proposés ; en aucun cas
imposés. Pour le reste, il y a des aumôneries qui
sont à la disposition des croyants. La Laïcité ce
n’est ni la négation, ni l’indifférence.

Arrive-t-il quand même que les soins soient mis en difficulté ?

Cela peut arriver. Les premiers contacts aux urgences ou en
obstétriques par exemple sont parfois rudes, par incompréhension
le plus souvent. Alors nous devons parfois faire ce
curieux rappel : à l’hôpital c’est le soin qui prime. Je ne souhaite
pas prendre d’exemples plus précis pour ne pas stigmatiser.
L’autorité médicale s’applique à tous. L’objectif final est et
reste le soin.

L’égalité d’accès et la qualité de nos interventions sont au
prix de cette indépendance. Conviendrait-il, sinon, d’encourager
un tri des patients, et une redirection vers des structures
hospitalières privées sur le seul critère religieux ? En tant que
médecin je suis plus que réservée. La liberté de croire ou pas
doit être préservée, mais cela me paraît difficile de mobiliser
les équipes soignantes sur ce point. L’irruption aujourd’hui de
ce débat imposé dans notre société en général est troublante.

À l’hôpital la relation avec le patient peut en ressortir fragilisée.
Soyons vigilants.

Il n’y a donc pas plus de problèmes aujourd’hui ?

Bien sûr que non. Lors du rapport Stasi en 2004 sur la
laïcité, il y a eu une circulaire pour tenter de mettre en adéquation
les convictions des patients avec les objectifs des soins,
tout en soulignant la primauté de ces derniers. Je ne pense pas
qu’il y ait besoin d’un arsenal juridique supplémentaire,
nonobstant une échéance électorale importante dans 13 mois.

Maintenons des principes simples ; l’accès aux soins pour tous,
l’équité pour tous.

Le raisonnable est d’éviter ce débat assez trouble. Notre
place est au chevet du malade souffrant. Le patient guéri
pourra en conscience poursuivre le chemin qu’il se choisit, en
toute liberté.

Autre point ; quel est le climat dans les hôpitaux, les raisons de l’appel à manifester ce 2 avril ?

Il y a vraiment une grande incompréhension
entre les pouvoirs publics et les hospitaliers. Le
fossé se creuse. Nous devons nous mobiliser, y
compris le 2 avril. Actuellement les pouvoirs publics,
au prétexte de l’application des dispositions
de la loi HPST et d’une meilleure collaboration
avec les libéraux, ont enclenché le transfert vers
eux de certaines missions majeures de l’hôpital
public, et des enveloppes financières afférentes.

Il y a un transfert de la permanence des soins de 80 Ms€
vers la permanence des soins en libéral, sans concertation, en
invoquant que l’hôpital ne peut pas tout faire. Mensonge et
malice ne pourront pas tenir lieu de politique de santé très
longtemps. Au niveau de la loi HPST, le transfert n’était envisageable
que dans les cas avérés de carences des services publics
hospitaliers ; des urgences, de l’enseignement ou de la recherche.

Mais aujourd’hui d’autres critères, plus discutables,
viennent s’ajouter : ce serait aussi en fonction de considérations
régionales, du bon vouloir d’un directeur d’Agence, de
réalités locales, laissé, par conséquent, à l’appréciation d’un
fonctionnaire de passage. Si beaucoup, intelligemment, ouvre
dialogue et concertation, d’autres confondent autorité déléguée
et autoritarisme, pour masquer un manque de savoir
faire. Ce qui se passe en ce moment au niveau du ministère
pour l’hôpital public est incompréhensible. Fin janvier nous
devions rencontrer M. Xavier Bertrand… Toujours rien, à ce
jour.

Nous verrons bientôt si la force peut l’emporter sur le
dialogue. Rendez-vous est pris dans 13 mois.

Voir en ligne : http://www.espace-social.com/spip.p...

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