Les médecins se soignent mal

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L’APSS (Association pour la promotion des soins aux soignants) a été créée en 2009. Jean-Marie Colson,
son président, fait le point sur ses contraintes et le travail entrepris.

Sur quels constats l’APSS s’est-elle créée ?

Nous avons constaté que les médecins se soignaient
mal. En outre, dans les structures de soins, ils se trouvent
souvent dans des relations compliquées avec les
autres malades et leurs propres collègues. L’épuisement professionnel
des soignants, affection catégorielle identifiée, s’ajoute
aux classiques maladies psychiques et addictions (alcool, drogue,
etc.). Nous nous sommes concentrés sur ces deux problèmes
en créant l’APSS.

Quelles sont vos actions ?

Nous n’avons pas de pouvoir décisionnaire, mais la possibilité
de rencontrer tous les décideurs et de coordonner
des actions. Les soignants adhèrent et cotisent à
l’association, tous les ordres professionnels, tous
les syndicats en font partie, mais également la
CNAMTS, le RSI et la MSA, qui ont intérêt à
avoir des médecins en bonne santé, en particulier
dans les zones rurales. Les fondateurs de l’APSS
sont l’ordre national des médecins (en harmonie
avec sa commission nationale d’entraide présidée
par le Dr Jean Lebrat), la Carmf, la fédération
hospitalière de France et la fédération hospitalière
privée, ainsi que le GPM (Groupe pasteur mutualité),
et la MACSF (mutuelle d’assurances du corps de santé
français).

Nous travaillons à réunir toute la bibliographie existante. Les
Américains, les Canadiens et surtout les Catalans avec lesquels
nous avons particulièrement travaillé, nous ont précédés et ont
créé des systèmes dont on peut s’inspirer.

Y a-t-il un problème spécifique à la prise en charge des soignants ?

La première spécificité est ne pas vouloir se soigner, d’être
dans le déni le plus total de la maladie. Souvent les soignants
se traitent trop tard. De plus, ils n’ont pas de médecine de prévention.
Et, si elle existe pour les soignants salariés et les
hospitaliers, ils ne l’utilisent pas. Nous travaillons donc à mettre
en place la prévention.

Nous avons ainsi fait un appel par circulaire aux médecins
pour leur proposer d’être médecin de prévention, et éventuellement
de suivi, pour leurs collègues. Nous avons une trentaine
de réponses par département et nous débutons maintenant
des formations spécifiques départementales. Nous avons
organisé l’année dernière une formation avec des médecins
espagnols formateurs de docteurs de docteurs. Cela existe
aussi au Canada. Nous pensons même pouvoir créer un diplôme
interuniversitaire.

Pourquoi créer des structures dédiées ?

Parce que nous nous sommes aperçu que la confidentialité est
très importante pour le corps médical. L’anonymat est impérieux
dans le cas particulier des soins aux soignants. Si un médecin
s’absente et que l’on sait qu’il est dans le centre d’addiction
pour médecins cela pose un problème, comme en pose la
cohabitation avec des non soignants. Nous cherchons
donc à ouvrir des structures où les soignants
puissent être pris en charge anonymement.

Plusieurs ARS nous ont promis de jouer le jeu de
lits spécifiques. Nous avons 5 cliniques en France
qui acceptent d’en avoir et nous sommes en discussion
pour les problèmes des prix de journée. Il
reste aussi à mettre en place un réseau de psychiatres
et addictologues de soignants, en amont et en
aval de ces structures, ainsi que le suivi dans ces
domaines, car il est important de suivre la personne
qui, après son traitement, est replongée
dans la situation qui l’y avait amenée.

Comment cela se passe-t-il concrètement ?

Obstacle fréquent : le soignant libéral malade a du mal a s’arrêter
de travailler, notamment parce qu’il ne touche d’indemnités
journalières qu’au bout de 90 jours. Avec le fonds d’action
sociale de la Carmf, nous avons décidé de payer des
indemnités journalières dès le premier jour, et de les prolonger
dans le cadre d’un dispositif d’aide à la reprise progressive de
travail, mais sous plusieurs conditions : il faut un contrat thérapeutique
entre le thérapeute et le soignant-patient, voire avec,
en tiers, un membre du conseil de l’ordre ou de la Carmf,
sorte de “parrain-accompagnateur” ; il faut ensuite une prise
en charge dans le réseau et les établissements validés par
l’APSS, et enfin, le soignant guéri doit reprendre son activité
auprès des patients. C’est un problème de santé publique.
Nous l’accompagnons à ce niveau, si le contrat a été respecté,
par une aide financière à la reprise d’activité.

Voir en ligne : http://www.espace-social.com/spip.p...

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