Viser des bâtiments à faible impact sanitaire

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À l’occasion du colloque Défis bâtiment et santé , qui s’est tenu à Angers le 17 mai, Ese en a rencontré
l’organisatrice, Suzanne Déoux, professeure associée à l’université d’Angers, master Risques en santé
dans l’environnement bâti , conseillère en ingénierie de la santé dans le cadre bâti et urbain.

Rappelez-nous les paramètres concernant la santé dans le bâtiment ?

Il y en a beaucoup : d’abord l’environnement extérieur, le
sol, la conception du bâti lui-même, celle du plan de masse ;
le système constructif, l’isolation, les matériaux, les types
d’équipement choisis, les systèmes de ventilation, de chauffage,
voire de rafraîchissement, d’aspiration des poussières.

L’ameublement compte aussi beaucoup. Les occupants ont leur
rôle. Ils respirent, émettent du CO2, de la vapeur d’eau, ont
des activités (fumer, bricoler, etc.) Il faut juguler les émissions
de toutes sortes, dont celles des produits d’entretien
trop souvent parfumés. Il faut également tenir
compte des équipements ; photocopieuses, imprimantes
laser, etc. Donc, je ne sais pas si un
bâtiment sain existe, mais il faut viser des bâtiments
à faible impact sanitaire.

Notamment pour les enfants…

Oui, s’il y a des bâtiments dont l’impact sanitaire
est important et qui hypothèquent le développement
et l’avenir des occupants, ce sont ceux
qui accueillent les tout petits ; les crèches, écoles
maternelles et primaires, les collèges… Il est déjà encourageant
que les industriels travaillent sur le mobilier de crèche et
de maternelle.

Bâtir pour la santé doit être évident dans les hôpitaux. Qu’en est-il ?

Les questions d’hygiène et de renouvellement d’air y sont effectivement
majeures. En revanche, le bruit envahit de plus en
plus l’hôpital. En tout point et à tout instant de la journée, le
niveau sonore mesuré dépasse les valeurs guides de l’OMS.

A-t-on des chiffres sur les impacts sanitaires du bâti ?

Il y a des constats sur les effets nocifs, par exemple l’augmentation
du nombre de cas de grippe pour le tertiaire (15% des
cas), celle des symptômes allergiques (15 à 20 %). En France
2000 cancers du poumon sont également attribuables chaque
année à l’exposition au radon…

Est-ce que les nouvelles normes de constructions vont être l’occasion d’améliorer l’influence des bâtiments sur la santé ?

Ce n’est justement pas évident, parce que l’on peut faire des
bâtiments économes en énergie aux dépens d’autres paramètres.
Par exemple la ventilation hygroréglable, qui permet de
passer au BBC, permet de baisser le renouvellement d’air à
0,3 vol/heure au lieu de 0,5 qu’il faudrait. Or, l’apport d’air est
indispensable. Ou encore, on tient compte de la qualité de
l’air, mais la lumière ou le bruit sont ignorés, ramenés à du
“confort visuel”, du “confort acoustique” alors que la lumière
synchronise tous nos rythmes biologiques et qu’il y a corrélation
entre l’exposition au bruit et l’hypertension artérielle.

On traite sujet par sujet, mode par mode, mais il n’y a pas
de vision globale. Le bâtiment reste un produit financier et
l’on prétexte construire pour l’environnement en
ignorant éventuellement la santé, dont le coût
n’est pas supporté par les constructeurs. C’est
pourquoi il faut ajouter l’humain, avec ses composantes
physiques, psychiques et environnementales,
aux performances énergétiques et environnementales.

La réglementation à visée sanitaire pour le bâtiment est-elle adaptée et suffisante ?

On a en France des positions complètement
éclectiques, tel type de bâtiment, tel département. Pour le radon
par exemple, au lieu de tenir compte de la composition
géologique du sol, on s’arrête à la limite du département. En
Pays de la Loire, les 5 départements ne sont pas classés à
risque. Pourtant, il y a 185 écoles qui dépassent les seuils, en
raison de zones ponctuelles riches en radium. Il faudrait que
lors de la demande du permis de construire, les services administratifs
obligent, en fonction des particularités géologiques, à
intégrer un vide sanitaire ou une mise en dépression sous la
dalle. La radioactivité même naturelle semble taboue en
France… alors qu’on attribue au radon 2 000 cancers par an.

Quelles seraient les priorités au niveau des pouvoirs publics ?

Certaines prescriptions santé devraient être obligatoires
avec un contrôle à la réception, un contrôle des mises en oeuvre,
des produits et du fonctionnement des équipements.

L’étiquetage sanitaire obligatoire des produits de construction
est un premier pas, mais il ne concerne que 10 molécules
dont deux sont peu fréquentes dans les matériaux de
construction. En outre, l’industriel n’a pas l’obligation des
tests. Les vérificateurs seront donc peut-être les associations
de consommateurs ?

Voir en ligne : http://www.espace-social.com/spip.p...

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