La gestion du système est en pilotage automatique

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La Belgique n’a toujours pas de gouvernement fédéral. Jean Hermesse, secrétaire général des
Mutualités chrétiennes, évoque avec Ese la situation de l’assurance maladie et de la politique de santé.

Quelle est la situation de l’assurance maladie en Belgique ?

Globalement saine. La loi fixe une norme de croissance
du budget de 4,5 % l’an. Depuis 7 ans, les moyens
alloués chaque année sont suffisants pour couvrir
l’évolution des dépenses. Depuis 5 ans, on clôture chaque
exercice avec un boni. En 2010, celui-ci a été particulièrement
conséquent avec plus d’1,1 Md€de surplus ; ce qui a permis
de réduire le déficit global de l’ensemble de la sécurité sociale
et d’atteindre quasi l’équilibre financier de la protection sociale
belge.

L’absence de gouvernement fédéral est-elle préjudiciable à la politique de santé et à l’assurance maladie ?

Jusqu’à présent, il n’y a pas d’impact sur le financement
de l’assurance maladie. La gestion
du système est, si l’on peut dire, en “pilotage
automatique”. Ainsi, des décisions sont prises
à tout moment et les adaptations nécessaires
sont faites dans le respect des limites légales.

Cependant, on peut craindre certaines dérives,
en particulier au niveau des suppléments prélevés
par les hôpitaux. Depuis des années, nous
demandons davantage de régulation et, faute de gouvernement,
nous craignons que se développent les pratiques d’une
médecine privée et l’émergence d’une médecine duale.

L’absence de pilotage politique à moyen et long terme peut
aussi devenir préjudiciable à l’adaptation de notre système de
santé à l’évolution des besoins, qui requiert davantage de
moyens pour soigner les malades chroniques ou prendre en
charge la dépendance. Notre offre reste trop centrée sur l’hôpital.
Il faudrait la convertir en partie vers des soins de revalidation
et de convalescence et renforcer les soins de proximité.
Cette transformation politique, à négocier avec l’ensemble des
acteurs, est un peu en panne.

Quelles seraient vos pistes pour cette transformation ?

La première devrait porter sur une relocation des moyens
entre l’hospitalisation aiguë et les soins de convalescence.
L’offre de lits hospitaliers aigus en Belgique est nettement
plus élevée qu’ailleurs en Europe. On pourrait transférer
5 000 à 10 000 lits aigus vers des établissements de soins
intermédiaires, réduire ainsi les durées de séjour dans les
hôpitaux et offrir une période de convalescence indispensable
aux personnes d’un certain âge.

Le second enjeu concerne les ressources humaines.

Aujourd’hui, certaines unités de soins doivent fermer faute de
personnel soignant ou médical. Il faut rendre plus attractives
les professions médicales et réfléchir à la délégation de tâches
qui pourraient être exécutées de manière tout aussi qualitative
par un personnel qui ne serait pas inutilement surqualifié. Il
faudrait sans doute revoir le numerus clausus, prendre des mesures
ciblées pour certaines spécialités plus rares, créer de
nouvelles formations plus courtes et définir le périmètre des
taches autorisées. Une autre manière de rendre le personnel
soignant plus disponible est de soutenir financièrement
les taches administratives. Il conviendrait
aussi de développer les pratiques de groupe qui
offrent aux médecins une structure logistique et
permettent de mieux organiser la permanence
des soins et de limiter les recours aux urgences.

Enfin, je crois que notre système de financement,
qui incite aujourd’hui à la multiplication des actes,
devrait être également revu.

Où en êtes-vous sur les chantiers européens ?

Nous nous efforçons depuis 20 ans de développer une complémentarité
entre l’offre de soins des différents versants frontaliers.
Cela débouche sur une mutualisation de l’offre qui
permet d’améliorer l’accès à des soins de proximité de qualité.
Nous avons élaboré de multiples conventions entre des structures
hospitalières implantées de part et d’autre des frontières.

Cette dynamique incite les prestataires voisins à coopérer. La
confiance s’installant, des transferts et renvois de patients ont
pu s’organiser. Les relations sont maintenant intenses le long
de toute la frontière franco-belge. Nous évaluons chaque année
comment ces conventions s’appliquent et sont utilisées
par les patients. Ces collaborations profitent à la qualité
des soins.

À l’échelle européenne, l’idéal serait aussi de développer des
centres d’excellences s’appuyant sur un mode d’agrément
européen, pour éviter par exemple que les hôpitaux qui pratiquent
des transplantations ne se fassent concurrence. Il faut
une collaboration autour de centres spécialisés, voire une
tarification européenne pour ce type de centres.

Voir en ligne : http://www.espace-social.com/spip.p...

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